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·29 August 2025
ENTRETIEN. Michel Audrain : "Si Bordeaux ne remonte pas dans 2 ou 3 ans, on n'entendra plus parler des Girondins"

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·29 August 2025
Dans un entretien accordé à WebGirondins, Michel Audrain, l'entraîneur de Châteaubriant (prochain adversaire des Girondins), lance un avertissement brutal sur l'avenir du club. Selon l'ancien de la maison, "Si Bordeaux ne remonte pas dans 2 ou 3 ans, on n'entendra plus parler des Girondins de Bordeaux". Avant l'affrontement en National 2, Audrain pointe la pression immense, un effectif entièrement renouvelé et la difficulté à se structurer. S'il comprend la "révolte" des supporters, il apporte aussi son expertise : pour monter, il faut selon lui privilégier des joueurs expérimentés du niveau plutôt que des ex-Ligue 2, et donne même des conseils indirects à Bruno Irlès. Découvrez l'entretien sans filtre.
WebGirondins : Pourquoi êtes-vous passé l'US Avranches aux Voltigeurs de Châteaubriant ?
Michel Audrain : Mon ami Jacques Philip a décidé de quitter l'US Avranches, et, comme c'est lui qui m'a fait venir, j'ai décidé de partir également. J'avais l'envie d'arrêter ma carrière, car je vais avoir 64 ans cette année. Mon ami qui est président de Châteaubriant m'a convaincu de faire une saison pour apporter mon expérience.
(il rebondit sur les débats de l'émission sur Bruno Irlès avant son arrivée qu'il a écoutée.)
Entrainer est un métier difficile, j'entends votre révolte sur les Girondins de Bordeaux et je la comprends. Si Bordeaux ne remonte pas dans 2 ou 3 ans, on n'entendra plus parler des Girondins de Bordeaux. Ça me fait mal, car j'y ai vécu pendant 2-3 ans. Mais il faut accepter les choix, car on ne peut rien faire. Il faut accepter les joueurs. C'est vrai que l'entraineur est responsable. Quand j'entends Bruno Irlès dire qu'il est dans le dur au bout de deux journées, je suis inquiet pour Bordeaux. Il y a tellement de pression à Bordeaux que c'est très difficile de s'organiser, de structurer un club quand on perd 10 joueurs ou un effectif en entier. À Châteaubriant, on est sûr de faire un championnat de deuxième partie de tableau, c'est différent.
Que faut-il faire ?
Comme je l'ai dit à mes joueurs, il faut qu'ils se bougent le cul. L'entraineur c'est le chef d'orchestre. Quand on voit la pelouse sur laquelle a joué Bordeaux, c'est dramatique. Il a de la chance, car, ici au Stade de la Ville en Bois, la pelouse est magnifique. J'adore Bruno (Irlès), mais je ne vais pas rentrer dans le détail des Girondins de Bordeaux, car je joue un adversaire que je dois battre pour me sortir de la difficulté. Chacun ses problèmes.
Que pensez-vous du championnat de National 2 ?
Pour structurer un club, on ne peut pas tout changer, même si le National 2 est un laboratoire, un tout-venant. Il y a de très bons joueurs, mais aussi de mauvais joueur. Si on n'a pas un réseau de recruteurs, de choix de joueurs, qui connait les bons joueurs de ce niveau... on ne fait pas venir des joueurs de Ligue 2 en National 2, on ne montera pas avec eux. Les conditions sont particulières et c'est compliqué pour les joueurs de Ligue 2. On pense que plus on a des joueurs de haut niveau, plus on a de chance de monter. C'est faux. On l'a vu l'année dernière avec Carroll, Beugré, Merdji... ça n'a pas suffi. Jouons avec des joueurs qui ont connu ce niveau, qui ont 27 et 28 ans et qui ont la base du National 2. À Châteaubriant, nous ne l'avons pas réalisé, car nous n'avons pas la puissance financière pour le faire.
Le niveau augmente ?
Le niveau en N2 est exigent et homogène, beaucoup de clubs s'organisent et se structure. Ce sera l'antichambre du National 1 qui va devenir professionnel. Le N2 va devenir très très solide. Il va être compliqué pour nous si on n'a pas une autre méthode de s'en sortir tous les ans. Il faut accepter cette exigence du championnat et aller au combat. Les joueurs doivent être au top.
Comment l'entraineur peut-il accélérer les choses ?
On est pressé dans le temps. Quand on est entraineur, le plus important est de mettre une collective en place, même avec 4 à 5 semaines de préparation. Le niveau de National 2 est très exigeant. Le jeu offensif est le plus difficile à mettre en place. Attaquer c'est du jeu combiné, sur du couloir, de la profondeur, etc. C'est long à mettre en place. On n'est pas des magiciens. Il faut que les joueurs sentent ce que le coach veut mettre en place (Jeu direct, de possession, ou d'attaque placée). Des joueurs le comprennent vite, et d'autres difficilement. À Châteaubriant, nous ne sommes pas créés d'occasion de but sur les deux premiers matchs. Ça m'ennuie et je me pose des questions. Il faut l’adhésion des joueurs. L'entraîneur n'a pas toujours les réponses.
Vous affrontez une équipe plus en crise que vous
C'est vrai, l'aspect psychologique entre en compte et il sera important. Même si on n'est pas très bien, l'équipe de Bordeaux est aussi en crise. J'espère qu'il y aura du jeu. On est dans le même championnat que Bordeaux, mais pas dans la même catégorie. Bordeaux doit remonter à tout prix. Alors que nous, Châteaubriant est dans le championnat fin de tableau. Je suis plus serein dans mon rôle d'entraineur que ne l'est Bruno qui doit gagner à tout prix. À l'extérieur, Bordeaux n'aura pas la pression de son public.
Comment expliquer votre début de saison difficile ?
On n'a pas que des contrats fédéraux, mais on a aussi des joueurs mutés (limités à 6) et nous faisons des contrats amateurs. Nous avons des joueurs en attentes de qualification. Cela fait 3 matchs que je ne joue pas avec mon gardien et mon meilleur attaquant. Ça m'ennuie, mais je l'accepte. Trois joueurs de l'effectif sont partis en National 1 (dont Babacar Leye, le meilleur buteur). On a une ouverture sur les meilleurs joueurs de N3, ce n'est pas simple de construire quelque chose. Je ne me plains pas, car on est dans notre 6e année en National 2, on a des valeurs, ce que Pape Leye (ancien entraîneur) a fait est un miracle.
Comment allez-vous jouer ce samedi face à Bordeaux ?
J’ai fait toute ma préparation à 3 centraux, et je perds un défenseur central qui se blesse lors de la prépa, et un autre la veille du premier match. Puis j'avais un suspendu. Donc je suis reparti sur une défense à 4. Je vais certainement jouer dans une défense à 4. De plus, j'ai deux joueurs majeurs avec une lésion musculaire.
Note : Michel Audrain a été joueur des Girondins de Bordeaux de 1982 à 1985. Il a été double champion de France avec Bedeaux en 1984 et 1985.