Uruguay – Clausura 2021: Du pareil au même | OneFootball

Uruguay – Clausura 2021: Du pareil au même

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Lucarne Opposée

Peñarol a son destin en main et une victoire contre Sud América lors de la dernière journée lui assurera le Clausura et le classement annuel. Et pourtant Peñarol s’est enfoncé dans un débat inutile, violent et destructeur sur l’arbitrage. Peut-on être champion en disant que le championnat est illégitime ? Évidemment, Nacional l’a bien fait en 2019... Retour sur une avant-dernière journée agitée.

L’effet papillon a commencé au Goyenola, c’est à dire à Tacuarembó. On avait bien ri de ce match de septembre délocalisé pour cause de travaux à l’Ubilla de Melo. Le Goyenola n’était pas vraiment adapté, des images du rapport de l’AUF sur la pelouse montrant des cailloux au milieu du terrain avait fait rire tout le monde, Nacional avait fait un mauvais match nul après l’exclusion rapide du nouvel arrivée Mario Risso. Danielo Núñez le coach de Cerro Largo était suspendu et c’est donc son assistant Luigi Rodríguez qui avait pris la main. À la fin du match, lors de l’interview avec Tenfield, ce dernier confessait avec une naïveté confondante qu’il avait eu Núñez en ligne à la mi-temps et que celui-ci lui avait demandé d’améliorer le repli défensif, etc. Évidemment, Nacional a fait une demande pour obtenir les points au vu de la participation de l’entraîneur suspendu, demande refusée le 19 octobre. Une jurisprudence existe indiquant qu’il faut une preuve autre qu’un aveu d’un joueur pour accepter ce type de réclamation. Par exemple, le brave JR Carrasco a un jour été filmé donnant des indications de l’autre côté de la main courante, les points avaient été retirés à Fénix. Nacional fait appel et patatras, la jurisprudence est retournée, Nacional obtient gain de cause jeudi soir. Pour Peñarol, c’est un scandale. Cela vient en plus de quelques actions discutables ou du pseudo-scandale de la VAR contre Sud América en août, et tout de suite la direction monte sur ses grands chevaux. Nacho Ruglio explique dans la presse que le championnat lui fait honte, et envoie à qui veut l’entendre des Whatsapp disant « qu’ils vont tomber parce que Peñarol est bien plus grand qu’eux tous réunis. Leur arnaque est bien en place mais ça va se terminer ».  Les théories foireuses on toujours un sujet non-nommé (typiquement « on » en français, l’espagnol facilitant encore plus la chose par l’absence régulière d’un sujet dans les phrases) et des conséquences non-déterminés. Magnifique. Il ajoute ensuite que les arbitres n’ont jamais volé Peñarol, mais il est trop tard, le mal est fait : manifestation devant le siège de l’AUF, menace de mort contre son président… Tout ça pour quoi ? Tout ça pour rien, si Peñarol gagne à domicile contre l’avant-dernier du classement lors de la dernière journée, un match donc abordable. Cela ne vous rappelle rien ? Si, Nacional 2019. Mêmes messages de la direction, même manifestations et même position de leader au classement. La bêtise n’a pas qu’un maillot, mais elle a la même passion.

Pour revenir à Peñarol, la posture des dirigeants est tout simplement due à trois matchs nuls. Après Fénix et Cerro Largo, c’est contre Progreso que Peñarol n’a pas réussi à l’emporter jeudi au cœur d’une journée orageuse. Malgré les absences de Kagelmacher et d’Álvarez Martínez, c’est quand même Peñarol qui s’est montré le plus dangereux avec notamment un excellent Agustin Canobbio, dont on regrettera juste encore une fois le manque d’efficacité. Sur une belle passe de Trinidade, Giovanni González trouve tout d’abord le poteau de Formento dans un angle fermé. Pendant ce temps-là, Progreso, surprise de ce Clausura qui devrait se maintenir grâce à une très bonne série de match, ne montre rien et défend bas devant son gardien qui est l’une des révélations du championnat. Alors que la pluie redouble sur le Capurro, les joueurs carboneros commencent à faire preuve de nervosité, comme lors du match contre Cerro Largo. Il faut attendre les vingt dernières minutes pour revoir des occasions franches et notamment cette action litigieuse sur Bentancourt ou la mimine assez franche de Gonzalo Andrada au milieu de la surface sur un coup-franc. La toute fin de match sera surtout marquée par la faute de Musto qui emporte tout sur son passage dont la cheville de son collègue Valentin Rodríguez fracturée sur le coup. Score final 0-0, et la direction de Peñarol explose notamment parce que si Nacional bat Liverpool, le bolso prendrait la tête...

Côté Peñarol, l’équipe peine depuis le départ du championnat contre les équipes bien repliées. Pourtant les latéraux, surtout González, ont plutôt fait un bon match. Le milieu aussi avec un Trinidade très présent. Mais l’attaque a manqué de mordant, à l’image de Torres qu’on aimerait plus décisif, et de Betancourt en pointe trop brouillon. Pablo Cepellini a aussi marqué le pas ces derniers temps. Côté Progreso, bon match des ex de Cerro Formento et Bentaberry. Le milieu a malheureusement joué trop bas pour alimenter en ballon un Colman très esseulé.

Nacional pouvait donc faire l’immense affaire en battant Liverpool. Et vous savez déjà ce qu’il se passe quand on joue un match avant de le jouer… Le Bolso a très bien débuté le match avec un but rapide de Bergessio dès la sixième minute sur une longue touche d’Almeida, l’Argentin place très bien une tête dans son dos, qui lobe Lentinelli. Un but qui sent l’expérience et qui rassure un Bergessio brouillon dans ce Clausura. Le match s’équilibre ensuite avec deux équipes assez véloces et offensives dans un match très agréable à regarder. Les hommes de Jorge Bava retrouvent un peu le football qui était le leur il y a un an et mette en danger Rodríguez, titulaire car Rochet est blessé. Et pourtant c’est Nacional qui va doubler la mise au retour des vestiaires avec un échange de centres trop longs entre Ramírez et Trezza qui se termine par un plat du pied de ce dernier qui trompe Lentinelli. On pense alors que Liverpool a laissé passer sa chance mais cette équipe-là à définitivement du cœur. Tout d’abord, elle égalise à la 56e sur un but de Federico Martínez. Le joueur, passé par la sélection à l’époque où la sélection gagnait ses matchs contre la Bolivie et l’Équateur en septembre, est parfaitement trouvé sur une combinaison sur corner en se couchant pour reprendre le ballon d’une frappe qui trompe le gardien de Nacional. Liverpool pousse et pousse encore mais c’est le Bolso qui se crée les meilleures occasions en contre après notamment l’entrée d’Ocampo (sur le banc désormais après une mauvaise série de performances). Ocampo a justement l’occasion de tuer le match seul aux six mètres mais sa frappe passe à côté du poteau… Dans la foulée, Cantera chipe un ballon et se retrouve seul face à Lentinelli mais sa frappe est renvoyée sur le terrain par le poteau. Sur la continuité de l’action, le ballon remonte tout le terrain notamment grâce à Chacón. Finalement, Alan Medina est à la réception d’un centre qu’il remet de la tête, dans l’axe, pour Papelito Fernández qui n’a plus qu’à pousser le ballon de l’extérieur du pied dans le but vide. Score final 2-2, et Nacional, qui pouvait rêver, perd beaucoup plus que deux points. Sans la décision sur le nul contre Cerro Largo, l’équipe aurait déjà tout perdu, étant trop loin de Peñarol.

Côté Bolso donc, Ligüera n’a pas plus réussi que ses prédécesseurs à établir une hiérarchie. Cela se voit, cela pèse. Bergessio continue de souffrir mais au moins marque-t-il à nouveau. En défense, les latéraux ont de nouveau eu du mal, que ce soit Méndez côté gauche ou Almeida puis Zunino côté droit. Si une différence devait être établie par rapport à Peñarol, elle est venue de ces postes-là. Côté Liverpool, comme souvent durant ce clausura l’équipe de Bava a alterné entre les souvenirs d’une période de deux ans durant laquelle le club a beaucoup gagné et aujourd’hui un effectif revenu dans les standards du football uruguayen. Heureusement, Lentinelli a sauvé son équipe à quelques reprises. Fernández a appliqué l’inexorable loi de l’ex, que Cantera n’avait pas validé quelques secondes plus tôt. Papelito n’a pas voulu célébrer le but contre son club de cœur, il aurait pu cela dit quand on sait comment le club l’a traité pour le virer il y a un an.

Pour le reste, Torque et Cerro Largo ont fait match nul avec un but à la toute fin de match de Max côté Cerro Largo. Cela fait que l’équipe de Melo n’a plus de chance de jouer le titre du Clausura et que Torque a neuf orteils sur dix en premier tour de Copa Libertadores. Les autres places seront occupées par Peñarol, Nacional et Plaza Colonia, avec les Colonienses qui auront l’occasion de jouer la phase de groupes malgré leur probable troisième place s’ils gagnent le premier match de la finale. Lors de la dernière journée, Peñarol joue donc la IASA à domicile et Nacional joue River au Gran Parque Central. Une victoire de Peñarol et l’on revivrait la finale du championnat 2016. La IASA jouera aussi son avenir sur ce match puisqu’elle doit absolument gagner pour espérer se maintenir en première division. Villa Española déjà relégué, il reste deux places pour la descente entre Maldonado, Progreso, Boston River et donc la IASA. Le Boston River – Deportivo Maldonado de la dernière journée vaudra donc aussi une place en première division… En deuxième division justement, le doyen Albion a déjà obtenu sa montée (la première de l’ère professionnelle) tout comme Danubio. Un tournoi de la mort commence ce mardi avec un Defensor – Cerro et Central Español – Racing pour une seule petite place… À noter que le Defensor s’est finalement qualifié malgré le départ de l’entraîneur et de la moitié de l’équipe pour des confrontations à l’entraînement. La direction a indiqué qu’elle avait pris la décision de se séparer d’une bonne partie de l’effectif, même si cela devait coûter une année de plus au purgatoire. La confrontation contre Cerro sera malgré tout bouillante… mais toujours à huis-clos.

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