Superligue : et si on en profitait pour repartir de zéro ?

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Alors que l’idée de création de la « Superligue » a suscité beaucoup de débats légitimes autour de la planète foot, on a imaginé une réforme de la Ligue des champions assez drôle, qui rebattrait pas mal de cartes, et qui mettrait un peu plus l’aléa sportif en premier plan. Bienvenue dans notre monde de bisounours.

Une compétition déjà élitiste

Arrêtons de dire que la « Super League » marque la fin du football populaire. La Ligue des champions, dans sa formule actuelle, est déjà très élitiste. En effet, sur 32 participants à la phase de poules, il y a 26 qualifiés d’office dont 16 qui proviennent de 4 championnats, à savoir la Premier League, la Liga, la Bundesliga et la Série A… On rappelle que l’UEFA compte 55 fédérations, qu’on rapportera à 54 dans le cas de la Ligue des champions, puisque le Liechtenstein ne dispose pas de championnat professionnel, et ne sera donc pas inclus dans notre calcul. Et que sur ces 54 fédérations, seuls 4 pays envoient à eux seuls la moitié des participants à la phase de poules.

Pour ceux qui ont vécu la Coupe d’Europe des clubs champions, qui permettait uniquement aux vainqueurs de leur championnat de participer, c’est un sacré choc. Pour les plus jeunes, certains points actuels du règlement peuvent déjà nous faire nous poser des questions. Comment le deuxième du championnat français, classé 5e à l’indice UEFA, peut-il disposer d’un strapontin direct dont ne bénéficie pas le deuxième des Pays-Bas ou du Portugal ? On rappelle, sans vouloir flageller la Ligue 1, que Néerlandais et Portugais comptent respectivement 6 et 4 trophées, quand la France n’en a remporté qu’un seul.

La décision de qualifier d’office les vainqueurs de l’édition précédente et de la Ligue Europa a aussi son importance, parce que par un jeu de domino, cela affecte les fédérations moins bien placées. Ainsi, le champion n’est pas automatiquement qualifié pour certains pays figurant dans les 10 premiers au classement UEFA. Cela signifie que l’Ajax, club mythique, demi-finaliste séduisant de l’épreuve et champion d’Eredivisie en 2019, a été obligé de passer par un tour préliminaire pour l’édition 2019/20…

Valoriser le titre de champion

On a réfléchi à un format qu’on trouve drôle, et on vous l’explique. Déjà, on a choisi de qualifier d’office uniquement des champions, et pas de clubs arrivés en deuxième, troisième ou quatrième position en championnat. Il s’agit donc de prendre les 20 premiers champions à l’indice UEFA. Si on simulait sur l’édition actuelle, nous aurions eu le Real Madrid, Liverpool, la Juventus, le Bayern Munich, le PSG, le Zénith Saint-Pétersbourg, le FC Porto, Bruges, le Chakthar Donetsk, Istanbul Basaksehir et l’Ajax. Pour l’instant, rien ne change, ces 11 formations ayant déjà été qualifiées d’office. Nous aurions ensuite ajouté le RB Salzbourg, Midtjylland, le Celtic, le Slavia Prague, l’Omonia Nicosie (aussi étonnant que cela puisse paraître, Chypre était devant la Croatie, la Grèce ou la Suisse au classement UEFA), les Young Boys de Berne, l’Olympiakos, l’Etoile Rouge de Belgrade et le Dinamo Zagreb.

Avec notre formule, nous aurions empêché ces champions de s’entre-tuer avant même la phase de poules. A titre d’exemple, lors des éliminatoires, Midtjylland a notamment éliminé les YB de Berne et le Slavia Prague, tandis que l’Olympiakos a vaincu l’Omonia Nicosie. Oui, le champion danois doit affronter le champion suisse puis le champion tchèque pour avoir droit à un siège en phase de poules, là où le quatrième de Premier League a déjà une place bien au chaud…

Pour compléter le plateau, nous avons décidé d’un peu plus répartir les 12 strapontins restants. Nous prenons évidemment les 34 champions des autres fédérations affilés à l’UEFA. Pour ne pas faire un simple remake de la Coupe des champions, et rester dans une idée de « ligue », nous invitons des équipes qui n’ont pas gagné leur championnat. Nous offrons 2 places supplémentaires au premier du classement (la Premier League actuellement), ce qui aurait qualifié Manchester City et Manchester United pour les éliminatoires sur cette saison. Nous donnons ensuite une place supplémentaire au deuxième de chaque championnat classé entre la seconde et la treizième place à l’indice UEFA, ce qui donne un total de 14 équipes non-championnes. Cela donne donc, si on y ajoute les 34 champions, 48 équipes qualifiées en éliminatoires, organisés en 2 tours, avec tirage au sort intégral, sans tête de série. A l’issue des 2 tours, nous déterminons les 12 équipes qui rejoindront les 20 qualifiés d’office. Les éliminatoires, dont presque tout le monde se fiche, deviendraient tout à coup un peu plus sexy, avec des équipes comme le FC Barcelone ou Manchester City, pour reprendre l’exemple de cette saison.

Pour la suite, avec les 32 qualifiés, on peut rester sur un système de poules comme aujourd’hui, avec 8 têtes de série. Et encore, c’est vraiment pour ne pas causer d’infarctus aux amoureux des noms prestigieux qui auraient peur de se retrouver avec une poule regroupant le Real Madrid, le PSG, Liverpool et le Bayern. On serait tentés de dire que c’est le jeu, même si on arrive un peu à comprendre pourquoi tout le monde ne veut pas voir les grosses têtes tomber trop vite.

Créer de la rareté pour créer de la valeur

Sur cette édition, avec notre formule, Chelsea, actuel demi-finaliste, n’aurait pas participé. D’autres équipes réjouissantes comme l’Atalanta et la Lazio n’auraient pas non plus été conviées. C’est un bémol pour ceux qui veulent forcément plus d’affiches, de blockbusters, et de noms prestigieux. On rétorquera en disant que ne pas convier systématiquement tout le monde permet de créer de la rareté, de l’attente, et donc de la valeur. Aucun fan de Marvel, même hardcore, n’attend le prochain film du MCU avec les mêmes papillons dans le ventre que lors du premier Avengers, en raison de la multiplication des films de la franchise. Dans le même ton, un PSG-FC Barcelone est-il toujours aussi excitant aujourd’hui, quand on a eu droit à cette affiche 5 fois (pour 10 rencontres donc) lors des 9 dernières années ? Car un autre problème existe. Les équipes du même championnat ne pouvant se rencontrer en poules, le tirage est déjà biaisé avant même d’avoir commencé. Et par lien de cause à effet, on tourne vite en rond avec les mêmes rencontres, et ce n’est pas un hasard

Notre formule hérisserait évidemment les poils de tout grand club européen. En remettant un peu plus d’aléa sportif, on diminue les certitudes financières, fragilisant le système sur lequel les plus gros se gavent depuis des années. En outre, les joueurs seraient sans doute peu convaincus par notre idée non plus : comment être certains de jouer la Ligue des champions chaque année, quand même en Bundesliga, en Liga et en Série A, on n’envoie que les 2 premiers ? On répondra simplement qu’on assume que notre idée est uniquement pour les fans, et que c’est plutôt anormal qu’autant de joueurs se soient ainsi habitués à jouer la Ligue des champions. Même Michel Platini, à l’époque de la Coupe d’Europe des clubs champions, n’y a pris part qu’à 5 reprises dans sa carrière. Cela ne l’a jamais empêché d’être considéré comme un des plus grands joueurs de tous les temps.

La joie de (re)découvrir

Aujourd’hui, tout le monde ne jure que par la très lucrative Ligue des champions. Cette formule, qui la raréfie, permettra peut-être paradoxalement de redonner ces lettres de noblesse aux championnats domestiques. En Angleterre, Allemagne, Espagne et Italie, trop d’équipes se contentent d’un top 4, car il y a qualification en C1 à la clé. Ces formations devraient sans doute voir les choses autrement si on diminue l’accès à cette même compétition. Les clubs dominants, soumis à une plus grande incertitude financière, arroseront peut-être moins les joueurs en énormes salaires… et jouiront donc d’un oligopole moins extrême qu’aujourd’hui.

Sans compter que l’attrait de la Ligue Europa serait bien supérieur, puisqu’il pourrait regrouper plein d’équipes intéressantes et disposant de vraies certitudes dans le jeu, loin des grands noms en perdition ou en transition comme ce que sont actuellement Manchester United, la Roma, ou l’AC Milan. Et on adore ces clubs hein, mais la seconde coupe d’Europe mérite mieux. En 98, Ronaldo, alors meilleur joueur du monde, jouait et gagnait la Coupe UEFA avec l’Inter Milan, bluffant le Parc des Princes lors de son récital face à la Lazio. L’année suivante, Parme alignait l’OM avec une équipe composée notamment de Buffon, Thuram, Cannavaro, Veron, Chiesa et Crespo. Aujourd’hui, quel joueur de ce calibre se contenterait de jouer la Ligue Europa ?

Mieux encore : les joueurs issus de pays mineurs auront peut-être tendance à rester un peu plus dans leur championnat d’origine. Si on peut jouer la Ligue des champions plus facilement dans un club de son propre pays, pourquoi partir avant 20 ans quand on est Croate, Danois, Russe ou Belge ? On ne cible pas les phénomènes, mais trop de joueurs moins bons ou pas encore prêts quittent prématurément leur cocon, car outre l’aspect financier, ils ont « fait le tour », sportivement, de leur championnat. En gardant les bons éléments plus longtemps, les clubs pourront même construire sur le moyen terme, et développer des idées de jeu et une personnalité propre.

Les plus de 30 ans, tous devenus bons en géographie grâce au foot, seront probablement ravis de revoir des équipes un peu différentes chaque année. Ces derniers temps, même sans aller au bout, des équipes comme le Slavia, Bruges, Salzbourg ou le Chakhtar ont joué un meilleur football que des grands noms. Evidemment que le « grand public » ou les plus jeunes ne regardent pas ces rencontres où n’officient pas Mbappé, Messi ou Neymar, et que les marchés tchèque, belge, autrichien et ukrainien sont moins porteurs en chiffre d’affaires. Ils préféreront regarder la Juve de Ronaldo en Superligue, sans se demander s’il est normal d’exclure l’Ajax, l’OL et Porto, soit les 3 dernières équipes à avoir éliminé le club d’Agnelli en C1. Mais si on pose le problème à l’envers, n’est-ce pas parce qu’on ne donne que du blockbuster et du bling-bling que la jeunesse en est devenue addict ? Dans les faits, un Tottenham-Arsenal est-il forcément plus plaisant à suivre qu’un Liverpool-Salzbourg ? Evidemment, non, puisque le choc entre Liverpool et Salzbourg était sans doute le plus beau match du premier tour, lors de l’édition 2019/20. Rien à voir avec la bouillie de football dont sont désormais, et malheureusement, habitués les observateurs des Spurs ou des Gunners.

La Ligue des champions induit (normalement) le plaisir de la découverte, le voyage dans toute l’Europe via le ballon rond. Quelle tristesse de perdre complètement cet aspect, déjà bien diminué au fil des années…