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·24 novembre 2021

Steven Gerrard : l’amour dure trois ans

Image de l'article :Steven Gerrard : l’amour dure trois ans

Depuis sa signature aux Rangers, les gens se demandaient quand est-ce que Steven Gerrard allait quitter Glasgow pour retourner dans son Angleterre natale. Ce moment est venu, après un peu plus de trois ans de services pour les Gers. En signant à Aston Villa, Stevie G souhaite compléter une étape de sa quête initiatique vers son retour à Liverpool. Retour sur un règne fatalement sauvé par un titre arrivé au meilleur des moments.

Un mariage parfait sur le papier

Au sortir de la saison 2017-2018, les Rangers sont dans une situation compliquée. Une 3e place en Premiership derrière un Celtic intouchable & un Aberdeen au sommet de son ère avec Derek McInnes à sa tête. Depuis leur retour dans l’élite, les Light Blues tâtonnent et n’arrivent pas à revenir sur les talons du rival honni. Et le choix de mettre Pedro Caixinha sur le banc sera un échec total. Le Portugais ne passera même pas l’automne 2017, plombé par un mélange de résultats moisis (élimination piteuse en Europa League contre le Progrès Niederkorn) et un mercato estival raté.


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Le board se décide à faire le dos rond jusqu’à l’été 2018 pour choisir le porteur du nouveau projet du club. L’élu sera donc Steven Gerrard pour ce qui sera sa première expérience en tant qu’entraîneur d’une équipe professionnelle. Sur le papier, un choix audacieux et pas dénué de sens. D’un coté, un club qui stagne, qui a besoin de repartir sur un autre projet pour pouvoir enfin regoûter aux titres. De l’autre, un jeune entraineur inexpérimenté qui arrive dans un club assez grand pour être un tremplin pour sa carrière.

On le voit dès son premier mercato, Stevie G souhaite un groupe à son image. La majorité des joueurs estampillés Caixinha quitteront Glasgow aussi rapidement qu’ils sont venus. Le technicien Anglais fera confiance à son réseau et ramènera une colonie Britannique à Govan. C’est d’ailleurs lors de sa première saison que le coach, bien aidé par le board, construira la base de son effectif victorieux en 2021. De l’expérience avec Jermain Defoe, Steven Davis, Scott Arfield ou encore le retour à la maison d’Allan McGregor. Des paris avec Connor Goldson et Borna Barisic. Enfin, de la jeunesse prometteuse avec Ryan Kent et Glen Kamara.

28 décembre 2018 : premier tournant

Cet effectif semble mieux armé que celui de ses prédécesseurs. Pour autant, les Gers perdent des points trop facilement en ce début de saison. Deux nuls, contre Aberdeen et Motherwell, en trois journées avec un scénario similaire. Un déplacement et un but concédé dans le temps additionnel qui frustre le coach mais aussi les fans. Surtout quand derrière, le Celtic l’emporte dans le premier Old Firm. Un petit but d’Olivier Ntcham suffit au bonheur des Bhoys dans un Paradise rempli à craquer.

Aberdeen sera également la bête noire de Gerrard dans les coupes nationales, éliminant les Gers en demie de League Cup ainsi qu’en quart de Scottish Cup. Malgré quelques cartons en Premiership, jamais les Light Blues n’auront semblé prêts pour le titre. Pourtant, la fin d’année offrira une première satisfaction. Pour la première fois depuis le 25 mars 2012, les Teddy Bears battent leurs rivaux. Il y avait certes une élimination en demi-finale de Scottish Cup en 2016, mais elle était intervenue lors d’une séance de tirs au but. Ici, cette victoire est un premier signal dans la bonne direction.

Ibrox, territoire des Rangers qui le restera lors du second Old Firm disputé sur cette pelouse en fin de saison. Le titre était déjà joué certes, mais conserver sa Terre est quelque chose d’important dans cette rivalité historique. Les Bhoys se consoleront avec un nouveau Treble (Les trois trophées domestiques gagnés sur une saison) mais voient d’un mauvais œil le départ de leur entraineur Brendan Rodgers pour Leicester en février.

En saison deux, on attend les Gers plus solides et prêts à challenger un Celtic toujours sous la garde de Neil Lennon. On voit d’ailleurs une envie de Gerrard de resserrer son groupe, mais aussi de le renforcer. Beaucoup plus de départs que d’arrivées et surtout, des postes clés ciblés. La défense centrale avec les venues de George Edmundson et Filip Helander mais aussi le milieu avec la signature de Joe Aribo, devenu au fil des matchs un élément indispensable du 4-3-3 du coach Anglais.

Pour autant, les Rangers vont perdre leur supériorité territoriale lors du premier Old Firm, joué tôt dans la saison. Une défaite 2-0, simple accroc dans un automne presque parfait. Un seul point de perdu, sur la pelouse de Hearts, une campagne d’Europa League réussie et une finale de League Cup à jouer. Les signaux sont au vert avant l’entrée dans l’hiver.

Du déclic aux claques

Décembre commence pourtant mal avec un nul sur la pelouse d’Aberdeen avant de tomber en finale de coupe de la Ligue contre le Celtic. Un revers marqué par le penalty raté de Morelos qui aurait remis les deux équipes à 1-1 avec 25 minutes à jouer et des Bhoys réduits à 10.

Deux contre-performances, les seules du dernier mois de l’année civile. Les Light Blues enchaîneront les victoires en Premiership avec comme point d’orgue, un succès à Celtic Park 2-1. Un match qui offrira une célébration de Steven Gerrard rentrée dans l’histoire. Le technicien a laissé parler toute sa rage et son soulagement d’enfin l’emporter sur la pelouse du rival honni.

Après la trêve hivernale, le club se retrouve deuxième à seulement 2 points du leader, le Celtic, avec en prime, un match en moins. Du 26 janvier au 29 février, les Rangers vont tout perdre. Tout débute par une défaite surprise sur la pelouse de Hearts, pourtant dernier et mal en point en championnat. Il y aura par la suite un nul à domicile contre Aberdeen, une défaite à Kilmarnock et enfin un partage des points à Perth contre St Johnstone. Tout ceci creusera l’écart entre les deux clubs de Glasgow, rédhibitoire quand on sait que le Covid entrainera une annulation des dernières rencontres.

Il n’y a pas que le championnat où les Gers vont s’écrouler. Là encore, à Tynecastle, Steven Gerrard va voir son équipe déjouer et s’incliner contre Heart of Midlothian. Pas de coupe nationale non plus et une saison blanche, de nouveau. Un coup dur qui va rajouter de la pression sur les épaules du coach.

Elément primordial, Gerrard conserve le soutien de son board et cela se voit dans le recrutement, toujours avec un mélange de jeunesse (Ianis Hagi, Calvin Bassey, Cedric Itten) et d’expérience (Léon Balogun, Kemar Roofe, Jon McLaughlin). Toutes les lignes ont le droit à leur renfort, idéal pour partir à la conquête du titre dans une saison frappée du sceau du Covid.

Invincibles versus invisibles

Là où le Celtic va sombrer doucement mais surement vers une crise profonde, les Rangers vont rapidement montrer qu’ils n’ont aucune intention de laisser filer le trophée. Aucune défaite et six petits nuls sur 38 journées, voici le bilan. Calmement. Ils ne feront pas mieux que les Bhoys, invincibles avec deux nuls de moins lors de la saison 2016/2017. Pour la première fois depuis 2012, le titre retourne à Govan. De quoi apaiser les critiques et laisser Gerrard tranquille.

Dans le même temps, les Light Blues vont continuer à progresser sur le plan Européen. Premier de poule en étant invaincu et une qualification en huitième acquise contre Antwerp. Et si le Sparta Prague mettra un terme à leur épopée, on retiendra les bons résultats et la sensation que ce groupe semble enfin armé pour aller régulièrement plus loin dans cette compétition.

Il persiste un secteur où les hommes de Stevie G perdent leurs moyens : les coupes nationales. Deux éliminations en quart qui font tâche et gâchent un peu la fête du titre. Mais le fait de stopper le Celtic dans leur quête de dixième couronne consécutive sauve le tout. D’aucun dirait que les Bhoys ont plus perdu que les Rangers ont gagné, mais le résultat reste le même. 25 points d’avance au final, une belle gifle qui n’a fait qu’accentuer les rumeurs autour du futur de Gerrard.

Une épée de Damoclès finalement tombée

Depuis son arrivée aux Rangers, les médias n’ont cessé d’alimenter les rumeurs sur un départ de Steven Gerrard vers l’Angleterre. L’histoire d’un retour à Liverpool est écrite depuis le début mais l’entraineur Anglais n’a cessé d’affirmer son attachement envers son club.

Des déclarations qui entachent un peu le parcours de l’ex milieu de Liverpool aux Rangers. Il faut aussi dire que sa façon de quitter le navire rappelle étonnement quelqu’un.

On savait Brendan Rodgers et Steven Gerrard proches depuis le passage du premier sur le banc de Liverpool, on n’aurait pas imaginé un presque mimétisme dans leur façon de partir d’Ecosse. Rappel, en 2019, Rodgers avait quitté le navire Celtic en pleine saison pour rejoindre Leicester. Un départ qui avait suscité beaucoup de réactions négatives du coté des fans, reprochant au Nord-Irlandais une fuite rapide dès la première offre venue.

Le fait de quitter son club en pleine saison pour traverser la frontière, est un phénomène loin d’être récent. On peut remonter aux années 80 pour voir un certain Sir Alex Ferguson passer d’Aberdeen à Manchester United. Graeme Souness est passé des Rangers à Liverpool. Plus récemment, Robbie Neilson avait quitté Hearts pour aller à MK Dons.

L’Angleterre est un eldorado qui fait rêver. L’argent, la promotion, la médiatisation, tout ceci est dans un coin de la tête de nombreux coachs et joueurs. Sauf qu’il n’est pas forcément aisé de réussir dans des divisions si difficiles que celles présentes chez la Perfide Albion. Pour revenir sur l’exemple de Robbie Neilson, il n’aura tenu que deux ans à MK Dons, sans apporter le moindre succès ou la moindre promotion. En restant sur les anciens Jambos, Craig Levein a aussi tenté la traversée de la frontière. A peine 1 an et demi à Leicester avant de revenir en Ecosse.

L’Ecosse, terre de relance

S’il apparait évident qu’un début de carrière en Ecosse est parfait pour se lancer, il est aussi courant de venir s’y relancer. On pourrait évoquer le cas Jack Ross, prometteur à St Mirren qui se foire complètement à Sunderland avant de revenir en Ecosse et bien s’en sortir sur le banc d’Hibernian. Néanmoins, il existe deux cas de figures plus impactant.

Le 20 mai 2016, cela faisait sept mois que Brendan Rodgers était sans club après avoir été viré de Liverpool. Lui qui était vu comme un futur prodige s’est pris le mur Reds de la réalité en pleine face. De son coté, le Celtic sortait d’une période mitigée sous les ordres de Ronny Deila. Des titres, certes, mais un jeu peu flamboyant, des recrues pas forcément au rendez-vous et des désillusions en Europe qui ont poussé le board à remercier le technicien Norvégien. Une aubaine pour Rodgers, désireux de se relancer et de prouver sa valeur.

La suite, vous la connaissez. Des titres à foison, un jeu flamboyant, de belles performances en Europe, un record de 69 match sans défaite toutes compétitions confondues en Ecosse. Le Nord-Irlandais s’est montré à son avantage, tout en gardant en tête l’ambition de revenir en Premier League. Ce qu’il fera en récupérant le poste à Leicester en février 2019.

L’autre cas à évoquer est encore plus marquant. West Bromwich, Reading, Aston Villa, trois clubs où Steve Clarke va se casser les dents. Pourtant bien apprécié pour son rôle d’adjoint dans de nombreux staffs, il semble que la marche d’entraineur principal était trop haute. Arrive Kilmarnock en 2017, le club qu’il supportait étant enfant. Un mariage heureux qui verra le technicien tirer le maximum de son effectif jusqu’à les propulser à la 3e place du classement lors de sa deuxième saison.

Un passage qui se terminera de belle manière puisque Clarke quittera Killie à la fin de la saison, contrairement à tous les autres cas cités plus haut. De plus, il sera le nouveau sélectionneur de l’Ecosse, avec le succès qu’on lui connait. Une masterclass dans tous les domaines.

Pour Gerrard, quel bilan ?

Il est facile de ressortir le titre de champion pour parler en bien du bilan de Gerrard aux Rangers. La vérité est néanmoins plus complexe. Tant qu’on est dans les points positifs, on est en droit de parler de la renaissance des Light Blues et de leur retour au premier plan, sur le plan national mais aussi international. Ses performances en Europa League montrent une vraie progression et un motif d’espoir pour les prochaines saisons.

On peut aussi souligner un recrutement bien pensé au fil de ses 3 années. Très peu de mauvais choix et des joueurs qui se sont lancés voire relancés sous les ordres de Gerrard. Pas étonnant d’ailleurs de voir quelques noms apparaitre dans les journaux Britanniques pour signer à Aston Villa en janvier 2022.

Néanmoins, quand on regarde le profil des joueurs amenés par Stevie G et son staff, on peut remarquer un point de convergence. Hors prêts, les Rangers ont signé 36 joueurs sur les 7 mercatos gérés par Gerrard entre son arrivée le 1e juin 2018 et son départ le 11 novembre 2021. 21 viennent de clubs Anglais et si on compte Kemar Roofe, ancien de Leeds mais étant à Anderlecht, on peut monter jusqu’à 22.

Entre les joueurs ne perçant pas en Premier League et ceux évoluant en divisions inférieures, les Rangers ont pu permettre à certains noms de réussir au très haut niveau en prenant une voie parallèle à l’Angleterre. Pour autant, est-ce que cette philosophie pourra se retranscrire avec les Villains ? La Scottish Premiership n’offre pas le même cadre que son homologue Anglaise.

Et puis, niveau trophées, l’armoire reste faible. Certes, il y a cette Premiership mais ne pas avoir de victoires en League Cup ou Scottish Cup est une tâche assez marquante sur son CV. Surtout lors de la saison passée où le Celtic était au fond du trou. Si St Johnstone fait un très beau vainqueur, ce n’est pas quelque chose de normal que de voir le club de Perth réussir le doublé là où les hommes de Gerrard ont toujours échoué.

Les projecteurs sont maintenant sur Aston Villa. Steven Gerrard sait qu’il est attendu et que le droit à l’erreur est minime. Son objectif sera d’abord d’assurer le maintien des Villains avant de viser plus haut. Mais attention à la glissade. Si son parcours avec les Rangers lui a assuré un certain seuil de compétence, l’arrivée à Liverpool ne se fera pas en un claquement de doigts. A lui de ne pas voir cette opportunité lui filer entre les doigts.

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