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Sol Campbell, le traître de North London

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Le 30 juin 2001, après douze années à Tottenham, dont neuf passées avec les professionnels, Sol Campbell est en fin de contrat. Le 3 juillet 2001, Sol Campbell s’engage à Arsenal, premier rival des résidents de White Hart Lane. Traître, lâche, tels sont les adjectifs qui amènent ses anciens supporters à le qualifier de « Judas ». Un surnom qui le suit et le suivra toujours. Sol Campbell, ou comment la quête de gloire prend le meilleur sur la fidélité.

Tottenham et Sol Campbell

Jusqu’en 2001, Sol Campbell c’est Tottenham, et Tottenham c’est Sol Campbell. Au club depuis ses quinze ans, le roc défensif est le symbole des Spurs et la principale raison d’espoir des supporters d’une équipe qui ne s’impose pas comme un grand du Royaume. Professionnel depuis 1992, le colosse anglais explose réellement lors de l’exercice 1993-1994 à seulement 19 ans. Les Spurs, qui végètent en milieu de tableau, ont besoin d’une figure de proue pour un projet qui ne va nulle part. En neuf saisons à White Hart Lane, Campbell ne goûte pas à mieux qu’une septième place de Premier League en 1994-1995. Et son club participe à sa seule Coupe d’Europe en 1999-2000, éliminé dès le deuxième tour de la Coupe de l’UEFA par Kaiserslautern. Exceptée une petite League Cup en 1999, le bilan est bien trop maigre. Il en faut plus pour séduire un joueur régulièrement considéré comme le meilleur défenseur central de Premier League, à l’époque.

Avant le drame

Les performances sont aux origines de la cassure entre Campbell et son club de toujours, mais les divergences entre les deux parties ne se limitent pas aux piètres ambitions du club londonien. Sol Campbell découvre qu’il est loin de faire partie des joueurs les mieux payés du club, un très mauvais signal envoyé au leader et capitaine du navire. Dans le même temps, les efforts de la direction pour renforcer l’effectif sont très insuffisants, les résultats parlant d’eux-mêmes.

Enfin, le club est victime d’une instabilité chronique. En neuf ans, l’Anglais voit passer près d’une dizaine de coachs sur le banc de touche. En particulier George Graham, son entraineur de 1998 à 2001, avec qui il entretient une relation tendue, les deux voulant le premier rôle. De nombreux éléments, mais surtout un gros manque de résultats, vont pousser le défenseur à revoir ses plans d’avenir. En 2001, Sol Campbell arrive au terme de son contrat avec les Spurs et rentre sûrement, à 27 ans, dans la meilleure période de sa carrière. Risquant de perdre leur star, les dirigeants veulent corriger les erreurs du passé et offrent à Campbell le plus gros contrat de l’histoire du club. Mieux vaut tard que jamais, sauf quand il est déjà trop tard.

Un transfert surprise, et secret

Tout le premier semestre de l’année 2001, Sol Campbell et son clan entretiennent le flou sur la suite de sa carrière. Faisant part de ses doutes avant d’annoncer qu’il n’a pas prévu de bouger, tout en assurant qu’il ne pourrait pas signer pour Arsenal. Rien n’est clair autour de Sol Campbell, et rien ne le sera avant le dénouement du dossier.

Si une chose ne fait pas de doute, c’est bien la quantité de clubs intéressés par le garçon. À l’été 2000, un an avant l’échéance du contrat, Manchester United veut faire signer le joueur. Mais, l’international anglais veut profiter de son statut de futur joueur libre pour faire son choix, entre Tottenham et un nouveau challenge. Alors que la date butoir approche, Campbell paraît tellement lié et attaché à Tottenham qu’en cas de départ la seule destination semble être l’étranger. Du FC Barcelone au Bayern Munich en passant par le Real Madrid ou l’Inter Milan, les grands d’Europe s’arrachent Sulzeer Jeremiah Campbell. Tour à tour, les clubs en lice semblent tenir la corde pour enrôler celui qui a alterné entre les numéros 5 et 23 à Tottenham. Mais, plus le temps avance, plus les clubs quittent les négociations, et moins l’avenir de Sol Campbell ne s’éclaircit.

Si son agent Sky Andrew clame aujourd’hui que le plan de son joueur, jusqu’en avril 2001, était de rester chez les Spurs, la réalité est plus opaque. Entre un Campbell qui annonce aux journalistes qu’aucune négociation n’a été lancée par ses dirigeants, et un Alan Sugar, président de Tottenham, qui l’accuse de mentir malgré une offre de contrat historique de la part du club, les relations sont tendues. Une offre est bien faite, permettant au défenseur de devenir le joueur le mieux payé de l’histoire du club, avec notamment de nombreux bonus en fonction des résultats. Mais comment espérer des résultats sans un effectif compétitif ? La confiance est brisée, le départ de Sol Campbell est acté, reste à déterminer la destination.

Durant des mois, Campbell rencontre des dirigeants, visite des infrastructures, découvre des projets. Rien n’y fait, le roc n’est pas convaincu. Arsène Wenger et David Dein,manager et co-propriétaire d’Arsenal, flairent le bon coup et tissent les premiers liens avec le clan Campbell. Réticent, le joueur finit par accepter de rencontrer Wenger et Dein, chez ce dernier. Les discussions se tiennent de nuit, dans le jardin, à l’abri des regards. Plusieurs rendez-vous ont donc lieu et Sol Campbell finit par se laisser convaincre de rejoindre Highbury. Le board d’Arsenal lui promet compétitivité, philosophie de jeu, titres, et toutes sortes de garanties que ne pouvaient lui offrir les Spurs.

Sol Campbell sans pitié, face à la haine

Nous sommes donc le 3 juillet 2001, la décision est prise, Arsenal va faire le coup du mercato estival en Premier League, mais rien ne fuite. Une conférence de presse est organisée par le club d’Arsène Wenger, qui s’apprête à signer le jeune gardien Richard Wright d’Ipswich. Par pur professionnalisme, quelques journalistes sont présents pour assister à l’évènement. Bien leur en a pris, car ce n’est ni un joueur d’Ipswich, ni un gardien, qui se présente face aux médias. Malgré des transferts de joueurs tels que Zidane, Nedved ou Buffon cet été-là, c’est bien le plus joli coup du mercato auquel assistent les quelques privilégiés présents. Source de toutes les convoitises, Sol Campbell atterrit à Arsenal, ennemi juré du club de sa vie.

Campbell le traître, les fans de Tottenham sont trahis. S’il fallait résumer l’hostilité des anciens supporters de Campbell à son égard en un seul évènement, le retour du défenseur central sur son ancienne pelouse serait l’exemple parfait. Le 17 novembre 2001, ce n’est pas une foule derrière les Spurs qui est à White Hart Lane, mais un public venu déverser sa haine sur Sol Campbell. Des pancartes « Judas », des t-shirts “Stand up if you hate Campbell » – « Levez-vous si vous détestez Campbell » – tout est bon pour rendre le match impossible à l’ancien enfant chéri. Des chants, des cris, des insultes accompagneront les quatre-vingt-dix minutes du match. Le nouveau Gunner reste impassible et solide sur le terrain, à l’image de son aventure à Arsenal. Couronné de succès dès sa première saison, Campbell ne regrettera jamais son choix.

Au moins, le maillot n’a pas été brûlé. (Crédits photos : Joe.co.uk)

À Arsenal, c’est dans une nouvelle dimension que l’ancien capitaine des Spurs entre. Sol Campbell avec Thierry Henry, Dennis Bergkamp, ou encore Patrick Vieira d’ailleurs dans une situation similaire avant de prolonger avec Arsenal – forment une armada prête à rouler sur le football anglais. En 2001-2002, le plan se déroule sans accroc avec un sacre en championnat ainsi qu’en Coupe d’Angleterre.

Déjà magnifique, Arsenal touche au sublime en 2003-2004 en réalisant le plus grand exploit de l’histoire de la Premier League : terminer une saison sans subir le moindre revers. Devant, Bergkamp et Henry forment l’un des plus beaux duos offensifs que le football a connu. Derrière, la paire Campbell – Kolo Touré est l’ancre de la meilleure équipe du royaume, tandis qu’au milieu, Patrick Vieira, le lien ultime entre chaque élément du onze, sait tout faire. Autour de cette colonne vertébrale, de la qualité à tous les étages et le plus grand entraîneur de l’histoire du club, Arsène Wenger.

L’espoir européen

Deux championnats, trois FA Cups, deux Community Shields. En l’espace de trois ans, Sol Campbell aura construit ce qui lui manquait quelques degrés plus au nord de Londres, un palmarès. Mais, comme lors de son aventure chez les voisins, le membre de l’équipe type de la Coupe du Monde 2002 est en mal de résultats européens. Entre 2001 et 2005, les résidents d’Highbury ne font pas mieux qu’un quart de finale de Ligue des Champions. Comme cinq ans auparavant, Campbell entame en août 2005 la dernière saison de son contrat. Il semble se diriger vers un départ après avoir manqué plus de la moitié des rencontres de Premier League la saison passée. Patrick Vieira tout juste parti, Dennis Bergkamp a dépassé les trente-cinq ans, les « Invincibles » sont proches de la fin de cycle et Sol Campbell joue peut-être sa dernière cartouche en Champions League dans les prochains mois.

Héritant d’un groupe plus qu’abordable constitué de l’Ajax Amsterdam, du Sparta Prague, et du FC Thoune, les joueurs d’Arsène Wenger laissent seulement deux points en route avant de rejoindre les huitièmes de finale et le Real Madrid. Malgré un Campbell moins présent, les Gunners font preuve d’une solidité défensive exceptionnelle pour rallier la finale. N’encaissant pas un seul but, ils font toujours la différence lors du match aller contre la Casa Blanca, la Juventus, puis Villareal. 1-0, 2-0, 1-0, l’efficacité est de mise pour une équipe en quête de couronnement continental après avoir été larguée en championnat : quatrième derrière Chelsea, Manchester United, et Liverpool.

Opposés au Barça de Frank Rijkaard, les Gunners et Campbell touchent enfin le graal du doigt. Si les « Invincibles » se rapprochent de la sortie, le FC Barcelone est un mix entre stars comme Ronaldinho ou Eto’o, et légendes en devenir avec Iniesta et Messi, absent pour la finale. Finale dont les Gunners ne pourront pas profiter longtemps. Expulsé juste après le quart d’heure de jeu, Jens Lehmann évite un but tout fait des Barcelonais mais hypothèque les chances de son équipe. Titularisé pour la deuxième fois depuis la fin de la phase de groupe, Sol Campbell plante d’un coup de casque sur un coup franc de Thierry Henry peu avant la mi-temps. Réduits à 10, les joueurs d’Arsenal sont ramenés à la réalité en deuxième période. Samuel Eto’o, puis Juliano Belleti, auteur là de son seul but sous le maillot blaugrana, règlent la rencontre.

Une mauvaise note pour finir

Départ d’Arsenal et fin de carrière

Moins de temps de jeu en 2005-2006, une quatrième place en Premier League, une défaite en finale de Ligue des Champions : avant son court retour en 2010, Sol Campbell vit une fin d’aventure compliquée à Arsenal. Entre Portsmouth, Notts County FC, Newcastle, et donc Arsenal, Sol vit une fin de carrière dans l’ombre. Cela, après avoir été sous le feu des projecteurs au cœur d’une trahison sans précédent.

Être l’un des huit joueurs à disputer un North London Derby sous les couleurs des deux clubs, c’est une jolie performance. Porter le brassard de capitaine à Tottenham, puis à Arsenal, voilà un exploit qui ressemble à l’affront ultime. Sol Campbell l’a fait sans pitié, en quête de gloire et de trophées, jusqu’à devenir invincible avec Arsenal en 2004. Un titre de champion d’Angleterre validé le 25 avril lors de la 35ème journée du championnat, chez lui… à White Hart Lane à l’occasion d’un North London Derby.

Vingt-et-un ans après, la rancœur est tenace. Vingt-et-un ans après, les fans des Spurs n’ont pas tourné la page. Vingt-et-un ans après, Sol « Judas » Campbell ne s’est pas excusé. Entre temps, les Tottenham Hotspurs ont quitté White Hart Lane, le 14 mai 2017, sous les yeux de toutes les légendes du club. Toutes, sauf une.

Sources :

  • Bruno Constant, « Le jour où Sol Campbell est tombé en enfer« , Eurosport.
  • « L’ultime trahison« , Arsenal Histoire.
  • Arsenal, « The most surprising transfer ever! | The story of Sol Campbell’s move from Tottenham to Arsenal« , Youtube.
  • « Sol Campbell’s Return to Tottenham« , Youtube

Crédits photos : Icon Sport

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