Samuel Eto’o, l’inclassable

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« Je n’ai rien à montrer, je suis Samuel Eto’o. […] Je n’appartiens pas au groupe de joueurs considérés comme bons, mais au groupe des grands joueurs ». C’est par ces mots que Samuel Eto’o s’introduit aux journalistes du Monde en 2014, à l’issue d’une saison assez quelconque de sa part. Comme à son habitude, le camerounais frappe fort, et juste. Comment contredire celui qui aura marqué de son empreinte le football africain et européen en devenant l’un des tous meilleurs avant-centres du début de notre siècle ? Au delà des titres et des récompenses individuelles, Eto’o laisse le souvenir d’un attaquant exceptionnel, aussi incisif devant le but que derrière un micro.

Natif de la banlieue de Yaoundé, Samuel Eto’o Fils grandit à Douala et se révèle très tôt comme un jeune footballeur de talent. Très tôt initié au ballon rond, il nourrit le rêve de devenir footballeur professionnel en Europe. Déjà très sûr de son talent et avide de réussite, l’adolescent veut tenter sa chance en France avant d’atteindre la quinzaine. Il restera plusieurs mois à Paris en situation irrégulière en espérant convaincre les entraineurs du Paris Saint-Germain, en vain. De retour au pays, le jeune camerounais intègre la prestigieuse académie du Kadji Sport (Aurélien Chedjou, Stephane Mbia, Nicolas N’koulou ou Modeste M’bami en sont sortis récemment). Il fait partie des meilleurs espoirs du club de Douala et est rapidement sélectionné avec l’équipe des espoirs du Cameroun à l’âge de 15 ans. Lors d’un match face à la Côte d’Ivoire, Eto’o s’illustre en inscrivant un doublé sous les yeux de José Martínez Sánchez, alors recruteur au Real Madrid. Sous le charme, le scout espagnol lui propose un essai.

Début de l’aventure espagnole

Le jeune Samuel débarque en Espagne en 1996. Très rapidement, il convainc tout le monde et signe un contrat pour évoluer avec la Castilla, l’équipe réserve des Merengues. Un an après son arrivée, il est prêté à Leganés en deuxième division espagnole pour engranger de l’expérience et du temps de jeu. Il participera à une trentaine de matchs de Segunda División alors qu’il n’a pas encore 17 ans. Conscient du potentiel de sa pépite, le nouveau sélectionneur du Cameroun, Claude Leroy convoque le numéro 9 pour la Coupe du Monde 1998, faisant de lui le plus jeune joueur de la compétition. Il prendra part au deuxième match face à l’Italie, en rentrant en jeu à 30 minutes du terme de la rencontre (défaite 3-0 du Cameroun).

La saison suivante, il retourne dans la capitale espagnole en espérant glaner un peu plus de temps de jeu. Le concurrence est immense et les impératifs de résultat de la Maison Blanche ne permettent pas au buteur camerounais d’avoir sa chance. Six mois de prêt du côté de l’Espanyol de Barcelone ne s’avéreront pas plus fructueux, l’attaquant participant à un seul match. À l’issue de cette saison compliquée, celui que l’on surnomme le petit Milla – en référence à son idole Roger Milla – retrouve la concurrence madrilène et le banc de touche. Le mois de janvier 2000 marquera le premier tournant de la carrière professionnelle du futur quadruple ballon d’or africain.

Révélation à Majorque

Le club du RCD Majorque accueille le jeune surdoué en prêt avec option d’achat. Malgré une expérience entrecoupée par la Coupe d’Afrique des Nations, les six mois d’Eto’o s’avèrent être une réussite. 6 buts et 4 passes décisives en 13 matchs et des prestations abouties face à des gros du championnat, dont un doublé contre le Barça, convainquent les dirigeants du club des Baléares de lever l’option d’achat.

La CAN 2000 justement, revenons-y. Un autre tournant dans la jeune carrière de l’espoir camerounais. Annoncé remplaçant au début de la compétition, Eto’o profite de la phase de poules pour marquer son premier but sous les couleurs des lions indomptables contre la Côte d’Ivoire. Il gagne sa place de titulaire pour les phases finales, et enchaîne en marquant lors des trois matchs à élimination directe. D’abord en quart de finale contre l’Algérie (victoire 2-1), puis contre la Tunisie (3-0), et enfin en finale contre le Nigéria (2-2, puis 4-3 aux tirs au but). Aves ses quatre buts, il termine deuxième meilleur buteur de la compétition. Des débuts rêvés pour la nouvelle coqueluche d’un pays tout entier, qui retrouve le toit de l’Afrique 12 ans après son dernier sacre.

Même année, même maillot, différent contexte. Le Cameroun s’apprête à disputer les Jeux Olympiques de Sydney. Après un premier tour plutôt bien négocié, les coéquipiers de Patrick Mboma se défont de l’ogre brésilien et du Chili avant de retrouver l’Espagne en finale. Devant plus de 104.000 spectateurs présents au stade Olympique de Sydney, Eto’o inscrit un but et le Cameroun accroche une Roja emmenée par une jeunesse prometteuse (Xavi, Puyol, Capdevila). Au-delà de la performance de l’attaquant, un autre joueur camerounais va marquer de son empreinte ce match et cette compétition ; Carlos Kameni, gardien de but alors âgé de 16 ans arrêtera un pénalty en première mi-temps alors que le score était de 1-0 pour l’Espagne puis repoussera la tentative d’Iván Amaya lors de la séance de tirs au but. Le Cameroun est champion olympique pour la première fois de son histoire. Ce début de millénaire ne pouvait mieux commencer pour un Samuel Eto’o qui laisse entrevoir des qualités déjà évidentes.

Revenu plein de confiance des JO, Eto’o s’apprête à disputer sa première saison en tant que joueur appartenant à Majorque. Il ne tardera pas à faire parler de lui et à justifier son transfert. Dès ses premiers matchs, il éclabousse La Liga de son talent et parvient à qualifier son nouveau club pour la Ligue des Champions en terminant troisième du championnat. Sur le plan personnel, le nouveau chouchou du Stade de Son Moix inscrit 11 buts.

L’année suivante sera beaucoup plus difficile pour le joueur et son club. En janvier, Majorque est bloqué en deuxième partie de tableau et éliminé de la Coupe d’Europe tandis que Samuel Eto’o semble marquer le pas. La mi-saison sera l’occasion pour le joueur de disputer sa deuxième CAN au Mali, avec un nouveau statut au sein de la sélection. Parmi les favoris, le Cameroun s’extirpe facilement de son groupe en remportant ses trois matchs de poule. Eto’o inscrira son seul but de la compétition lors du troisième match face au Togo. Les Lions éliminent l’Égypte (1-0), puis surclassent le pays hôte en demi-finale (3-0) avant de retrouver le Sénégal d’El Hadji Diouf en finale. À l’issue d’un match fermé, les coéquipiers de Samuel Eto’o conservent leur titre aux tirs au but. Premier doublé de l’histoire pour le Cameroun, Eto’o atteint le statut d’icône nationale en devenant le symbole d’une génération dorée. Néanmoins, l’euphorie du titre continental ne transcendera pas la fin de saison d’Eto’o et l’équipe basée à Palma terminera à une anonyme 16ème place.

Désireux de rebondir, le double champion d’Afrique entame la saison 2002-2003 l’esprit revanchard. Il étoffe sa palette d’attaquant et commence à gagner en régularité, il est désormais le joueur phare de son club. Plus attendu, il devient chirurgical devant le but et développe la capacité à se créer ses occasions seuls. Il aimante les défenses et créé des décalages par ses appels incessants. Une très belle année de sa part, ponctuée par une démonstration de Majorque au Bernabeu face à son ancien club en fin de saison ; une victoire 5-1 au cours de laquelle Eto’o signe un but et deux passes décisives. Pour couronner le tout, Eto’o hisse les siens en finale de Copa Del Rey, lors de laquelle il inscrira un doublé face au Recreativo Huelva (3-0). Le camerounais semble déjà prêt pour l’échelon supérieur mais reste une année supplémentaire, auprès de son « club de coeur ». Au terme d’une nouvelle saison marathon, il dispute la Coupe des confédérations en France en 2003. Premier match face au Brésil de Ronaldo, champion du monde en titre, pour les coéquipiers de Rigobert Song et victoire historique grâce à un but de génie de Samuel (1-0). Un condensé des qualités de l’avant-centre : vitesse, prise d’information,  audace, le tout conclu par une superbe volée. Les Lions atteindront la finale face au pays hôte, la France et s’inclineront en prolongation par la plus petite des marges (1-0). Ses bonnes performances en club et en sélection lui permettent de remporter son premier titre de Joueur Africain de l’Année en 2003.

Sa quatrième année à Majorque sera l’aboutissement sur un plan personnel. Eto’o a déjà tout d’un grand, il porte son équipe et devient l’un des joueurs les plus craints par les défenses espagnoles. Comme la saison précédente, il martyrise la défense du Real Madrid dans leur antre en inscrivant un doublé dans un style « Eto’oesque ». Florentino Perez peut se mordre les doigts d’avoir laissé filer ce diamant brut, et les supporters ne peuvent qu’apprécier le talent du capitaine du jour. Une ovation du Santiago Bernabeu pour l’un de ses derniers matchs avec Majorque, le symbole est fort pour un Eto’o au sommet de son art. Il conclut la saison en « double-double » avec 17 buts et 10 passes décisives en Liga. L’heure du départ semble alors inévitable, pour un joueur devenu trop fort pour son club.

L’avènement d’un crack mondial au FC Barcelone

C’est donc le FC Barcelone qui rafle la mise et s’attache les services du nouveau phénomène de Liga pour 24 millions d’euros, qui quitte les Baléares avec l’étiquette de meilleur buteur de l’histoire du club en Liga.

Dès le début de saison, il devient indispensable et son entente avec Ronaldinho et Ludovic Giuly est rapidement incontournable. Il remporte son deuxième titre de Joueur Africain de l’Année et participe activement au titre de champion d’Espagne du Barça. Il réalise sa meilleure saison statistique (24 buts en Liga) et est désormais l’un des attaquants les plus respectés d’Europe. L’aventure ne pouvait mieux commencer entre l’attaquant et un Barça soucieux de retrouver les sommets européens. Deuxième saison, l’objectif des Blaugranas est clair : la Ligue des Champions. Très tôt, l’équipe emmenée par Frank Rijkaard surclasse le championnat grâce à un Eto’o déchainé ; 18 buts à la mi-saison et une impression de supériorité incessante. Le double champion d’Afrique nous dévoile une palette de l’attaquant complet et semble inarrêtable. Reste à confirmer toutes ses qualités dans les matchs couperets en C1. Les phases de poule sont une formalité pour les catalans qui retrouvent Chelsea en huitièmes de finale. Revanche de la saison passée, où les Blues de José Mourinho avaient éliminés les Barcelonais à ce stade de la compétition. Habituellement si parfaite, la pelouse de Stamford Bridge est (volontairement ?) dégradée. Pas impressionné, Eto’o fait ce qu’il sait faire de mieux : marquer. Ce soir là, l’Europe découvre un autre phénomène et ce n’est pas l’attaquant camerounais qui fait les premières pages; un certain Lionel Messi éclabousse la rencontre de son talent.

Les quart et les demi-finales seront l’occasion pour le petit Milla de se montrer une nouvelle fois décisif. Arrive la finale au Stade de France face à Arsenal. Les hommes d’Arsène Wenger ouvrent le score et tiennent bon jusqu’au dernier quart d’heure avant que Samuel Eto’o n’égalise. Un but de Belletti viendra sceller la victoire barcelonaise. L’attaquant sera désigné homme du match. 39 buts, le doublé Championnat/Ligue des Champions, cette deuxième année est exceptionnelle. Seulement deux saisons avec le Barça et déjà dans la légende du club, le règne du roi Eto’o commence fort.

Les deux années qui vont suivre se révéleront plus difficiles, Eto’o va connaitre ses premières graves blessures. Victime d’une déchirure du ménisque contre le Werder Brême, il manquera plus de cinq moins de compétition et ne reviendra qu’en février 2007, trop tard pour éviter la perte des deux trophées glanés l’année précédente. Au terme de cette saison délicate, des frictions commencent à émaner entre le club, des coéquipiers et le sulfureux attaquant. Soucieux de réagir, les catalans enregistrent l’arrivée de Thierry Henry à l’intersaison pour compléter un secteur offensif déjà impressionnant (Messi, Ronaldinho, Eto’o). Ceux que l’on nomme alors les « 4 fantastiques » font saliver l’Europe entière. Leur association n’est que de courte durée, le natif de Yaoundé se blessant rapidement en match de pré-saison. De retour juste avant la trêve, il participera à la CAN 2008 organisée au Ghana, contre le gré de son président. Le Cameroun atteint la finale avec un Samuel Eto’o en forme (5 buts). Face à eux se trouve l’équipe la plus titrée du continent, l’Égypte, qui se défera du piège camerounais (1-0). En inscrivant 5 buts, l’attaquant devient le meilleur buteur de l’histoire de la compétition avec 16 réalisations (18 au total à la fin de sa carrière). Cette compétition marque la fin de ses jours heureux avec la sélection, la suite étant au mieux frustrante, au pire douloureuse ; faite d’éliminations précoces et de polémiques.

L’arrivée de Guardiola, symbole de succès et de fin de règne pour Eto’o

Le retour en Catalogne est agité. Malgré des statistiques personnelles encore une fois flatteuse (16 buts en 18 matchs de Liga), l’équipe de Rijkaard semble éreintée. Nouvelle saison sans trophée pour des Blaugranas qui terminent à plus de 20 points de l’ennemi madrilène. L’équipe a besoin d’un vent de fraicheur et de décisions fortes. Le président Joan Laporta nomme l’inexpérimenté Josep Guardiola à la tête de l’équipe première, un an seulement après son intronisation comme entraineur de la réserve barcelonaise. Homme essentiel du Barça des années 90 et symbole du jeu prôné par l’idole locale Johan Cruyff, Pep hérite d’un effectif vieillissant et en fin de cycle. Condition sine qua non de son arrivée, les départs de Deco et Ronaldinho sont actés rapidement en attendant celui de Samuel Eto’o. Déclaré indésirable, ce dernier ne se laisse pas faire, il enchaîne les buts en pré-saison et convainc le technicien espagnol de la garder. Bien lui en a pris, puisque le Barça survolera rapidement les deux compétitions nationales avec un Eto’o époustouflant : 30 buts en 36 matchs de Liga. Le Barça écrase tout le monde et émerveille l’Europe par son jeu spectaculaire et enchanteur. Le clásico au Bernabeu de fin de saison verra le début de son exil sur l’aile. Une performance exceptionnelle des coéquipiers de Puyol (victoire 6-2) amenée par une innovation tactique surprenante – Lionel Messi repositionné dans l’axe en position de faux n°9 et un Samuel Eto’o désaxé sur la droite – séduiront Pep Guardiola pour la suite de la saison. De retour en finale de Ligue des Champions, le Barça s’apprête à affronter les Red Devils de Sir Alex Ferguson. À peine 10 minutes de jeu et le joueur formé au Real perfore la défense mancunienne d’un enchainement de haut niveau. Les catalans s’imposent 2-0 avec un Eto’o une nouvelle fois buteur en finale et réalisent un triplé inédit pour le club.

Toutefois, malgré des performances de premier plan, l’entraineur catalan souhaite toujours se débarrasser de sa star camerounaise. Jamais vraiment en phase, le dialogue entre les deux hommes est rompu, le départ est inéluctable. Une fin quelque peu regrettable pour un joueur qui laissera une trace indélébile dans le coeur des socio barcelonais. Eto’o sort pas la grande porte en étant l’un des principaux artisans de la saison exceptionnelle des pensionnaires du Camp Nou. Il restera de son passage dans la capitale catalane l’image du meilleur avant-centre de l’histoire d’un club quintuple vainqueur de la plus prestigieuse des compétitions. Celle d’un attaquant complet, rapide, tueur et d’un poison pour n’importe quelle défense.

Nouveau chapitre victorieux en Italie

Destination Milan pour rejoindre l’Inter de José Mourinho. Zlatan Ibrahimovic fait le chemin inverse en plus d’un chèque de 45 millions d’euros. Le camerounais débarque avec un statut de star et celui de joueur le mieux payé d’Italie. Numéro 9 dans le dos, il clame d’entrée ses ambitions : aider l’Inter Milan à reconquérir la la Ligue des Champions, 45 ans après son dernier sacre. Repositionné sur l’aile gauche, Eto’o marque moins mais se fond parfaitement dans le collectif de l’entraineur portugais. Comme à son habitude, il se révèle précieux et décisif dans les gros matchs. Les Nerazzurri s’adjugent les deux trophées nationaux, mais comme Eto’o le rappelle, l’objectif premier de son club est la C1. Clin d’oeil du destin, ils retrouvent le Barça de Pep en demi-finale. Pas question pour Mourinho et sa bande de passer à côté, la suite est bien connue. Une victoire 3-1 à Giuseppe Meazza, suivi d’un match retour historique. Une expulsion prématurée de Motta bousculera les plans des interistes, qui défendront corps et âmes face au grand Barça avec un Eto’o reconverti en latéral de fortune. La bande à Pep ne parvient pas à refaire son retard de l’aller malgré une victoire 1-0, l’Inter Milan retrouve la finale de Ligue des Champions.

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L’Inter s’impose en finale face au Bayern Munich (2-0) et réalise le triplete, une toute première dans l’histoire du football italien. Le numéro 9 interiste rentre un peu plus dans la légende ; il devient le seul joueur à avoir remporter deux triplés d’affilée. L’inter ajoute la Supercoupe d’Italie ainsi que le mondial des clubs pour boucler la meilleure année de son histoire.

La saison suivante sera plus difficile pour le club milanais. Le départ de José Mourinho au Real Madrid et l’arrivée de Rafael Benitez ne se font pas sans encombre. Samuel Eto’o regagne la pointe de l’attaque mais les performances de son équipe ne sont pas à la hauteur. En dépit de coups d’éclat – dont un doublé en finale de Coupe d’Italie contre Palerme (victoire 3-1) – la saison de l’Inter est décevante. Eliminés en quart de finale par Schalke 04, les Nerazzurri perdent également leur couronne nationale et terminent deuxième de Serie A.

C’est déjà la fin de l’aventure italienne pour Eto’o après une deuxième saison à 37 buts. Deux années intenses pour le camerounais qui aura laissé un souvenir indéfectible aux supporters milanais.

Départ en Russie et début de l’instabilité

C’est alors que la carrière du plus grand joueur africain de l’histoire prend un tournant inattendu. Fraichement trentenaire, on l’imagine aisément évoluer chez un cador européen. Néanmoins, un choix financier le fera atterrir dans le championnat Russe au sein du club de l’Anzhi Makachkala. Ce club du Daghestan, propriété du milliardaire Suleiman Kerimov, va faire du camerounais le joueur le mieux payé au monde (20,5 millions d’euros net annuel).

Deux ans au pays de Poutine durant lesquelles il continuera à empiler les buts. Après un nécessaire temps d’adaptation, il sera élu élu meilleur joueur du championnat et qualifiera son équipe pour la Coupe d’Europe.

Nous sommes alors en 2013 et son ancien mentor José Mourinho est de retour sur le banc de Chelsea. Il parvient à séduire Eto’o et le persuade de renoncer à sa dernière année de contrat avec l’Anzhi. Ce dernier va donc connaitre son quatrième championnat en rejoignant les Blues. Une année en demi teinte, parsemée de quelques prouesses comme ce triplé remarquable à Stamford Bridge contre Manchester United. Pour autant, ses relations avec le technicien portugais s’enveniment et Eto’o ne prolonge pas l’aventure londonienne. C’est le début du chemin de croix pour un joueur habitué à briller. Il signe libre à Everton, pour une pige de seulement six mois. Direction Gênes pour rejoindre la Sampdoria. Une nouvelle fois, celui qui redécouvre le championnat italien a du mal à se stabiliser. Deux petits buts, des brouilles avec le coach et le président, et déjà un nouveau départ.

Changement d’ambiance, le point de chute se trouve en Turquie. C’est Antalyaspor qui accueillera le meilleur buteur de la sélection camerounaise pour deux saisons et demi. Il résilie son contrat en janvier 2018 pour rejoindre le club rival Konyaspor avant de s’exiler au Qatar pour un dernier gros contrat. Au terme de cette saison dans le Golfe, il annonce officiellement sa retraite de footballeur professionnel à l’âge de 38 ans. Après 416 buts et l’un des plus beaux palmarès de l’histoire, c’est un géant du football qui se retire.

Samuel Eto’o restera comme l’un des tous meilleurs avant-centre de l’histoire, collectionnant les buts partout où il est passé et remportant des trophées à la pelle. Certains regretteront sa deuxième partie de carrière faite de hauts et de bas, il laissera toutefois la trace d’un joueur triomphant. Doté d’un caractère sulfureux et affirmé, il laissera également derrière lui l’image d’un amoureux de la formule, à l’antithèse des discours lisses et démagogiques qui fleurissent dans le football moderne. Cette authenticité lui aura parfois joué des tours, notamment avec sa sélection, mais Eto’o est comme ça ; attachant et spontané, il ne triche pas. Il donne tout, alliant toutes les qualités de l’attaquant parfait à une générosité sans faille sur le terrain. Et ce ne sont pas les coeurs des supporters majorquins, barcelonais ou milanais qui diront le contraire.

Sources :

  • Courrier International – La double vie de Samuel Eto’o
  • Le Monde – «Je n’ai rien à montrer. Je suis Samuel Eto’o»
  • Transfermarkt
  • Agence Ecofin – Samuel Eto’o : « Je suis le meilleur joueur africain de l’histoire »

Crédit photos : IconSport