Ronaldo pourra-t-il défendre son titre à l’Euro cet été ?

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Des présidents de plusieurs grands clubs européens ont annoncé hier soir la création d’une SuperLeague destinée à concurrencer la Ligue des Champions, mise en place par l’UEFA.

La réplique des instances internationales du football, dont l’UEFA et la FIFA, fut immédiate. Par la voix de son président, Alexsander Ceferin, l’UEFA a notamment a averti que les joueurs évoluant au sein de ces équipes de la Superleague ne pourront désormais plus prendre part à l’Euro.

Qu’en est-il réellement ? L’UEFA et la FIFA ont-elles la possibilité de prendre de telles sanctions ?

Imaginer un Euro sans Griezmann, Ronaldo, Kane, de Bruyne, Kroos, un Mondial sans Messi, Gabriel Jesus, Thiago Silva manque bien évidemment de sens.

Et pourtant, c’est bien la sanction qui plane au-dessus de l’ensemble des joueurs évoluant dans des équipes fondatrices de la Superleague. C’est ce qu’a clamé haut et fort le président de l’UEFA Alexsander Ceferin en ce lundi 19 avril 2021. En réponse à cette possible sanction, aucun joueur n’a pris la parole publiquement pour évoquer sa possible absence à l’Euro ou à la Coupe du Monde. Le modèle de la Superleague arrive dans le football, si on peut l’estimer ainsi, assez tard dans l’histoire du sport business.

Dans d’autres sports, il est déjà arrivé par le passé que plusieurs entités commerciales se concurrencent sur un même secteur de marché, sur un même sport. Et donc se battent pour attirer les meilleurs actifs qui dans le sport sont les joueurs ou les participants à ce sport.

Beaucoup gardent en tête l’exemple de l’Euroleague, compétition privée en basket qui s’est faite au détriment de la FIBA. Mais pour illustrer la probabilité que la menace de Ceferin passe à exécution, penchons nous vers le patinage de vitesse.

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Au début des années 2010, l’International Skating Union (ISU) est au patinage de vitesse ce que la FIFA est au football. Elle est donc la seule fédération internationale reconnue à l’échelle du globe.

Arrive alors une société coréenne qui pourrait être la toute nouvelle société dirigée par Florentino Perez, qui décide d’organiser des compétitions de patinage de vitesse avec les plus grandes pointures de l’époque. Pour la société coréenne, cela tourne vite au vinaigre car elle rencontre de nombreuses difficultés à faire venir les meilleurs patineurs. En effet, l’ISU menace les athlètes participant aux compétitions de la société coréenne d’une exclusion à vie de la fédération internationale.

L’analogie avec les sanctions envisagées par la FIFA ou l’UEFA semble alors évidente.

La fédération étant l’organisatrice des Jeux Olympiques, des championnats du Monde et d’Europe, la sanction devient vite efficace. Afin de contester cette sanction, deux patineurs néerlandais portent plainte devant les juridictions européennes.

Si la situation actuelle ne trouve pas de solutions entre les acteurs, Kevin de Bruyne et Harry Kane pourrait très bien porter plainte contre l’UEFA devant l’Union Européenne. A cette situation inédite, quelle réponse pourrait-être formulée ?

Le 8 décembre 2017, la Commission Européenne donne raison aux patineurs néerlandais. En effet, elle considère que cela les prive de participer librement à des épreuves internationales organisées par des tiers et de manière réciproque les tiers sont privés de la participation de ces athlètes.

Le Tribunal de l’Union Européenne confirmera la décision prise par la Commission Européenne. Le Tribunal expliquera que la possible sanction de la fédération internationale est contraire au droit de la concurrence. De plus, elle apparaît comme manifestement disproportionnée et ne répond à aucun objectif légitime en matière de sport au niveau européen (lutte contre le dopage, contra la manipulation des compétitions sportives). Dans le cadre de l’ISU, la disproportionnalité de la sanction était évidente, en l’occurrence un bannissement à vie.

Si l’UEFA bannit certains joueurs de seulement une ou deux compétitions, la sanction apparaîtra-t-elle toujours comme disproportionnée ?

Pour l’instant, la solution de cette décision soulagera Cristiano Ronaldo. En se basant sur celle-ci, l’exclusion de l’Euro et de la Coupe du Monde de joueurs évoluant au sein des clubs de la potentielle future SuperLeague ne trouve pas, à la lecture de la jurisprudence européenne, de fondement juridique. Celui-ci devrait pouvoir défendre son titre lors de l’été prochain. Concernant la Coupe du Monde au Qatar en 2022, un raisonnement totalement similaire peut se tenir.

Nul doute que les différentes tractations avec toutes les parties prenantes vont se poursuivre pendant un long moment encore. Reste qu’exclure les joueurs sous contrat avec les clubs fondateurs de la SuperLeague de compétition internationale comme l’Euro ou la FIFA ne correspond pas actuellement avec la jurisprudence européenne.