L’évolution de la règle du hors-jeu

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Un but annulé pour hors-jeu alors que la position de l’attaquant était licite, un but marqué alors que le hors-jeu était évident … Tel a été le quotidien du football pendant une centaine d’années. Maintenant, l’hyper-précision de la VAR déplace les débats d’après-matchs : des buts sont annulés pour un hors-jeu disséqué avec minutie par la VAR. Un coude qui dépasse, un attaquant qui aurait mieux fait de chausser du 42 … Chaque week-end apporte sa nouvelle ineptie due à l’assistance vidéo. Revenons sur l’évolution de la fameuse loi 11 du football.
Au milieu du XIXe siècle, le hors-jeu existe déjà. Dans un sport encore balbutiant, ne ressemblant pas tellement au football que nous connaissons aujourd’hui, il est curieux de noter que les joueurs s’intéressent à cette règle fondamentale. Selon les Cambridge Rules, les règles édictées par l’Université de Cambridge, il doit y avoir plus de trois joueurs entre l’attaquant et la ligne de but pour que ce dernier soit considéré “en jeu”. Autrement dit, il ne devait pas être sur la même ligne que le dernier défenseur, mais bien derrière trois défenseurs minimum. Autre particularité, le hors-jeu est jugé à l’arrivée de la balle, et non pas au dernier contact avec le passeur.
Cette règle a grandement influencé les “Lois du Jeu” édictées ensuite par la Football Association. Être derrière trois défenseurs ne facilitait pas du tout la tâche de l’attaquant, qui avait du mal à prendre la profondeur de ce fait. L’arbitre aussi avait des difficultés. Les juges de touche n’existaient pas encore et il devait donc juger la position de l’attaquant par lui-même.

Une première évolution

En 1866, la Football Association adopte cette règle en la modifiant quelque peu. Le beautiful game se détache enfin complètement du rugby puisque prendre le ballon à la main est interdit et faire une passe vers l’avant est maintenant autorisé. Le “plus de” trois joueurs est changé en “au moins” trois joueurs, ce qui fait que l’attaquant doit maintenant être derrière deux défenseurs, étant donné que le gardien compte aussi. Déjà un progrès pour les buteurs. À partir de 1873, la position de l’attaquant est prise en compte au moment où la passe est effectuée, et non plus quand il reçoit le ballon.

Rendre le sport plus attractif

La règle est toujours contraignante et empêche les joueurs rapides de vraiment prendre la profondeur. Les matchs sont fermés et le public se désintéresse un peu de ce sport. Pour résoudre ce problème, l’International Football Association Board (IFAB) propose de changer la règle en 1925. Ce ne seront plus trois joueurs, mais bien deux. L’attaquant doit donc se situer derrière le dernier défenseur, à condition que le gardien soit bien devant lui aussi. Conséquence de cette évolution, le nombre de buts inscrits en championnat explose l’année suivante. Le football devient plus spectaculaire et aussi plus populaire. Prenons l’exemple du championnat anglais en guise d’exemple. Lors de la saison 1924-1925, seulement deux équipes marquent plus de 70 buts (sur 22 équipes). La saison suivante, avec l’évolution de la règle donc, on en dénombre 15 ! Sheffield United inscrira même 102 buts en 42 rencontres.

Depuis ce changement bienvenu, la règle n’a plus connu d’évolution aussi drastique. Le hors-jeu passif, bien qu’il ne soit pas nommé de cette façon officiellement, a été introduit et mieux précisé au fil des années. Enfin, dernier changement en date, depuis 1990 l’attaquant n’a plus besoin d’être derrière le dernier défenseur mais peut ainsi être sur la même ligne que lui.

Nouvelles situations avec la VAR

Juger qu’un joueur est offside ou non peut se révéler être très compliqué. Il s’agit parfois d’une histoire de centimètres, et l’arbitre assistant ne peut pas prendre sa décision avec certitude. C’est pourquoi l’assistance vidéo a été instaurée, pour aider à réduire les injustices. Cependant, on assiste désormais à des situations plus que loufoques où des buts sont annulés pour quelques millimètres d’un pied qui dépasse. Le jeu se retrouve dénaturé, sans compter le temps souvent très long que prennent les arbitres vidéo à prendre une décision.

Pour faire face à ce problème, Marco Van Basten a proposé une solution assez radicale : supprimer la règle du hors-jeu. D’autres cherchent des idées plus réalisables pour garder l’esprit du jeu et améliorer la prise de décision. C’est le cas d’Arsène Wenger qui souhaite qu’il n’y ait pas de hors-jeu tant qu’une partie du corps avec laquelle il est possible de marquer se situe sur la même ligne que le défenseur.

La loi 11 a donc connu plusieurs changements de sa création jusqu’au début du siècle dernier, avant de ne presque pas changer pendant une centaine d’années. Tout porte à croire que d’ici quelque temps, la règle devrait à nouveau être modifiée. A moins que la VAR ne soit supprimée…