L’Estadio Centenario, symbole de la gloire de la Celeste | OneFootball

L’Estadio Centenario, symbole de la gloire de la Celeste

Logo : Le Corner

Le Corner

Théâtre de la dernière finale de la Copa Libertadores, l’Estadio Centenario est l’antre de la Celeste depuis 1930. L’enceinte a accueilli, au cours de ses quatre-vingt-onze années d’existence, les plus grandes compétitions internationales. Plus qu’un simple stade, le Centenario fait partie du patrimoine de l’Uruguay, conservant encore aujourd’hui une symbolique politique.

Fort de ses succès aux Jeux olympiques de 1924 et 1928, l’Uruguay dispose d’une génération dorée qui règne sur le football mondial, à l’aube des années 1930. Le 18 mai 1929, le Congrès de la FIFA, réuni à Barcelone, désigne l’Uruguay comme le futur organisateur de la première édition de la Coupe du monde, en 1930. L’ambitieux projet porté par la fédération uruguayenne de football (AUF) repose sur la construction d’un stade pouvant refléter la grandeur de la Celeste. La tâche titanesque qui se dresse face à l’AUF doit être achevée en un an. Et le défi est relevé avec succès. Seulement 362 jours après la pose de la première pierre, l’Estadio Centenario trône au milieu du parc Battle.

La facture de cette entreprise s’élève à 804 000 dollars – soit plus de 8 millions de dollars aujourd’hui avec l’inflation actuelle -, une somme bien au-delà des 500 000 dollars prévus au départ. Mais l’essentiel est ailleurs, le 18 juillet 1930, le stade est inauguré pour le jour du centenaire de la constitution du pays, devant 60 000 spectateurs. La fête est au rendez-vous grâce à Hector Castro qui délivre le peuple uruguayen face au Pérou. La Celeste soigne son entrée en matière dans son Mondial, qui doit confirmer, la suprématie du petit pays d’Amérique Latine aux yeux du monde. Lors de son discours d’inauguration, le président de l’AUF, Raul Jude, fait l’éloge de cette bâtisse de 14 000 mètres cubes de béton armé : l’Estadio Centenario est « la synthèse harmonieuse de l’idéal créateur et patriotique d’un peuple en marche, face au soleil, sur le droit chemin de son destin historique ».

L’Uruguay écrit l’histoire au Centenario

L’enceinte devient aussitôt, sous l’impulsion des réformes du gouvernement de José Battle y Ordonez, le reflet d’un pays moderne, fier de son histoire. La renommée internationale de la Celeste acquise sur le Vieux continent, lors des Olympiades, occupe une place de choix dans le stade. La tribune officielle est nommée « America » pour rappeler l’identité continentale de l’Uruguay, comme pour mieux souligner la domination de son équipe nationale sur l’Amérique du Sud – vainqueure de six Copa America entre 1916 et 1926. La Tribune Olympique rappelle les médailles d’or conquises à Paris en 1924, et à Amsterdam en 1928. Et les noms des deux autres tribunes font hommage à ces mêmes succès : la Tribune Amsterdam et la Tribune Colombes.

Les supporters uruguayens pénètrent sur la pelouse après le sacre contre l’Argentine

Le 30 juillet 1930, le stade du Centenaire est le témoin d’un match historique, la première finale de la Coupe du monde. Tout Montevideo est venu assister à cette rencontre, entre l’Uruguay et l’Argentine, un match aux allures de revanche pour l’Albiceleste, sous fond de rivalité sportive entre les deux voisins du fleuve Rio de la Plata. La ferveur populaire qui entoure l’enceinte, succède à la tension entre les supporters argentins et uruguayens en quête de reconnaissance, au travers du rectangle vert.

Les 22 acteurs qui foulent la pelouse abîmée, peuvent admirer l’imposante réalisation de l’architecte en chef du stade, Juan Antonio Scasso : la Tour des Hommages. Patrimoine historique de la ville de Montevideo, cette œuvre rappelle l’histoire de l’Uruguay. Elle rend hommage aux immigrés qui ont construit, nuit et jour, cette tour, symbole de la grandeur sportive du pays. Une proue de navire et deux ailes d’avion, rappelle l’arrivée des immigrants qui ont participé à bâtir la nation uruguayenne, alors qu’en son sommet, se dresse le drapeau national qui trône à plus de 100 mètres du sol, symbole du patriotisme.

La finale va livrer son lot d’émotions. D’abord menés 2-1 à la pause, les Uruguayens vont renverser la vapeur dans le deuxième acte. Poussés par tout un peuple, Pedro Cea, Santos Iriarte, puis Hector Castro offrent le sacre mondial à l’Uruguay. Les 80 000 spectateurs jubilent, et célèbrent leurs héros qui viennent d’écrire l’histoire. Présent dans la tribune America, le président de la FIFA, Jules Rimet se souviendra dans son autobiographie d’un stade en fusion, où les supporters uruguayens « criaient leur joie avec une conviction tellement communicative qu’elle semblait presque, en cette minute, partagée par toute la masse des spectateurs ». Théâtre du couronnement d’une génération dorée, le Centenario est, à cet instant, le symbole de la grandeur de l’Uruguay à l’international. Cinquante ans plus tard, il deviendra un lieu de contestation contre l’oppression.

Un Mundialito aux allures de référendum

Le 27 juin 1973, l’Uruguay sombre dans la dictature. Pendant douze ans, la « Suisse d’Amérique » va être dirigée d’une main de fer par les militaires. Cette période marque aussi la fin de la domination des clubs uruguayens du Penarol et du Nacional sur la scène continentale. Présents à dix reprises en finale de la Copa Libertadores, entre 1960 et 1971, les deux géants marquent le pas. Le stade de Montevideo accueille deux matchs des finales de la compétition reine du continent, voyant le succès des Argentins de l’Independiente et du Boca Juniors en 1973 et 1977.

Les tortures et les assassinats d’opposants politiques se multiplient dans le pays. En 1980 un événement fait basculer le pays dans l’euphorie, pendant un court instant, afin d’oublier les horreurs de la répression. Dans une boîte de nuit de Zürich, les dirigeants de la FIFA font germer l’idée d’un tournoi pour fêter les cinquante ans de la Coupe du monde. Un projet ambitieux qui laisse miroiter d’importantes recettes pour les caisses de l’instance du football mondial.

La compétition va rassembler en Uruguay les six nations championnes du monde (Uruguay, Brésil, Allemagne de l’Ouest, Argentine et Italie) – à l’exception de l’Angleterre qui décline et cède son ticket aux Pays-Bas, finaliste en 1974 et 1978. Mais le Mundialito revêt aussi des enjeux plus politiques. En effet, le 30 novembre 1980, soit un mois avant le début des hostilités, le régime de Montevideo organise un référendum, pour adopter une nouvelle constitution, ayant pour objectif premier de légitimer le pouvoir du dictateur Aparicio Mendez. Le « Non » l’emporte à 57 % dans les urnes et le peuple uruguayen va continuer de faire entendre sa voix dans les tribunes.

Tous les matchs se disputent au Centenario, où les six équipes sont réparties en deux poules. Devant son public, la Celeste dispose des Pays-Bas et de l’Italie pour rejoindre la finale. L’attaquant du Nacional Waldemar Victorino retrouve un stade qu’il connaît bien. Cette année-là, il inscrit le seul but de la finale de Libertadores remportée contre l’Internacional à Montevideo. En sélection il guide l’attaque des bleu ciel pour terminer meilleur buteur du tournoi. Le 10 janvier 1981, l’Uruguay retrouve le Brésil pour la revanche de la finale de la Coupe du monde 1950. Pourtant les Auriverdes ne vont pas réussir à vaincre le signe indien. Dans l’euphorie générale, les locaux font trembler les gradins du Centenario et s’adjugent le trophée, en l’emportant sur le score de deux buts à un.

Un chant pour le moins embarrassant pour les hauts dignitaires du régime uruguayen, présents au stade, descend des tribunes après le coup de sifflet final : « Ça finira, ça finira, la dictature militaire ». Le peuple exulte et s’autorise à rêver d’un avenir meilleur. Il lui faudra attendre quatre ans, en 1985, pour voir le retour de la démocratie dans le pays, et clore la fin d’un sombre chapitre de son histoire qu’il préfère oublier. Le Mundialito tombe dans les oubliettes de la mémoire collective, tandis que la FIFA a choisi de ne pas reconnaître ce tournoi qui est aux yeux de l’instance une simple compétition amicale.

L’imposante Tour des Hommages qui surplombe l’enceinte Montévidéenne a été témoin de combats très tendus, comme ce match d’appui de la Coupe Intercontinentale 1967. Après deux matchs le Celtic Glasgow et le Racing n’avaient pas réussi à se départager. L’ambiance électrique du match retour en Argentine présageait un dernier round musclé entre les deux clubs. Dès le coup d’envoi, les dizaines de milliers de supporters argentins font comprendre à l’arbitre que la partie va être longue.

Latmosphère électrique explose sur le terrain, où les joueurs se rendent coup pour coup. La « Bataille de Montevideo » vire à l’affrontement. L’arbitre complètement dépassé est obligé d’exclure six joueurs, dont quatre écossais, avec l’aide de la police. Pour autant la réputation de l’Estadio Centenario n’en a pas souffert. Domicile de la Celeste depuis sa fondation, il a accueilli la finale de la Copa America à sept reprises. Et la forteresse de Montevideo a tenu bon à chaque fois pour les locaux – invaincus en 75 matchs au Centenario – qui domine le palmarès de la compétition sud-américaine avec quatorze titres.

Seul monument historique du football mondial de la FIFA, l’Estadio Centenario a voyagé à travers les époques pour se construire renommée unique chez tous les amoureux de ballon rond. Erigé depuis 92 ans en plein cœur du parc Batlle y Ordoñez, nommé en hommage à l’ancien président de la République orientale de l’Uruguay, l’arène pourrait connaître un nouveau visage. Candidat à l’organisation du mondial 2030 avec l’Argentine, le Chili et le Paraguay, l’Uruguay envisage de rénover son monument qui fêtera alors ses cent ans. Le rêve est en marche, et d’ici là, le Centenario continuera peut-être de sourire à la Celeste.

Sources :

  • FIFA, Estadio Centenario, les 90 ans d’un monument, 18 juillet 2020
  • So Foot, Mundialito : amnésie internationale, 10 janvier 2012
  • Marca, El Mundialito que sonrojo a la dictatura uruguaya, 7 décembre 2012
  • Paul Dietschy, Histoire du football, Editions Perrin, 2010

Crédits photos : Icon Sport

Mentionné dans cet article

À propos de Publisher