Le Shakhtar plutôt que Lyon : un choix Zerbi ?

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Malgré les rumeurs l’envoyant à la Fiorentina ou à l’Olympique Lyonnais et les difficultés rencontrées par plusieurs grands clubs qui auraient pu songer à s’attacher ses services, Roberto De Zerbi aurait choisi de rallier l’Ukraine et le Shakhtar Donetsk. Coup de folie ou véritable bon choix de la part du mister italien de l’US Sassuolo ?

En l’espace de trois saisons, Roberto De Zerbi s’est imposé comme le grand entraîneur de demain en Italie. Mais c’est surtout lors de l’année en cours que le Brescian a conquis au-delà des frontières de la Botte. Outre sa philosophie de jeu désormais identifiée, entre les résultats spectaculaires obtenus contre de gros noms de la Serie A, la communication autour du cas Maxime Lopez ainsi que ses prises de position assumées à l’encontre de la Superleague, RDZ a séduit les observateurs hexagonaux.

Et par observateurs, comprenez aussi bien parmi le public qu’au sein de la profession. Un authentique exploit à l’heure où le président de l’UNECATEF se réjouit publiquement de voir le si élaboré 5-5-0 de Thierry Laurey lui permettre de jouer une superbe 15e place.

La fosse au Lyon

RDZ ne laisse pas indifférent. On s’en inspire, comme l’admet volontiers un Olivier Dall’Oglio. On l’admire, au moment où il fustige publiquement les 3 grands clubs italiens, à 2 mois de pouvoir peut-être prétendre à s’installer sur le banc de l’un d’entre eux et accessoirement à 24h de gagner à Milan. Le professionnel comme le personnage ne dérogent jamais à leurs principes, profondément ancrés dans l’aspect humain, et donnent envie qu’ils représentent le club qu’on aime. Partir à la guerre avec Roberto, beaucoup signeraient pour. Notamment à Lyon, évoqué comme l’une des pistes les plus crédibles pour accueillir le mister italien arrivant en fin de contrat cet été.

Le mariage Juninho-De Zerbi aurait tout eu d’un conte de fées tant les convictions des deux hommes en terme de football et au-delà semblent proches. Pourtant, il n’aura pas lieu, parce que si Juni dit oui, sa famille s’y oppose. Le coach sera Français, acceptera sans broncher l’omnipotence de Jean-Michel Aulas, et sera vraisemblablement tôt ou tard contraint de mettre quelques beaux principes sous la tapis pour échapper à l’impatience ambiante.

Seulement voilà, le jeu du président encombrant, De Zerbi y a déjà goûté avec la référence mondiale en la matière qu’est Maurizio Zamparini à Palerme, et n’est pas prêt d’y rejouer. Et très peu pour lui de voir toute une frange des médias français lui tomber dessus à la première contre-attaque subie lors de la 1e journée de championnat au nom du tout-puissant corporatisme. Lui a un projet de jeu à fignoler, un statut à se construire, donc pas de temps à perdre avec ces à-côtés et une ambition sportive qui se révèle illusoire depuis des années.

Un beau gâchis tant Lyon réunit de conditions nécessaires à la signature de l’Italien : Jouer l’Europe, avoir de jeunes joueurs à faire progresser et disposer d’un effectif hétéroclite, aux cultures footballistiques variées, à la base technique solide. Salaire actuel du monsieur pour ses bons services : 700.000€ annuels. A titre de comparaison, Rudi Garcia touche plus de 3M€ bruts annuels.

Prophète en son pays ?

Les moins convaincus affirmeront que si l’OL ne le choisit pas, c’est sans doute qu’il n’en vaut pas le coup. Qui est prêt à lui donner sa chance en Italie ? La Fiorentina, 14e du championnat ? Quid des grands clubs auxquels il est supposément destiné ? Une réflexion légitime.

Aujourd’hui, seuls 7 clubs devancent le Sassuolo de RDZ dans la hiérarchie italienne. Premièrement, les 3 grands : Juve, Milan, Inter. Trois clubs qui, comme évoqué plus haut, ont été directement pointés du doigt par De Zerbi, qui après la victoire à Milan admettait qu’il n’avait rien fait pour leur plaire durant la semaine écoulée : «Peut-être que je me suis fermé la possibilité d’entraîner ces grands clubs. Mais je redirais la même chose, avec la même conviction.»

Un épisode qui n’est pourtant absolument pas le problème principal à son installation sur un de ces bancs. Surtout quand on sait que l’Inter a pris Antonio Conte ou que la Juve avait signé Maurizio Sarri. Non, le souci est bien le contexte de ces clubs. La Juve est peut-être celle ayant le projet le plus Roberto-compatible. Volonté d’un profond changement de philosophie de jeu, nécessité de redonner une identité à l’équipe, rajeunissement de l’effectif… Mais le timing pose un gros souci.

Andrea Pirlo a été installé en vitesse accélérée avec des principes sur certains points similaires à son confrère et un tampon «Juventus» en prime. Au terme de la saison catastrophique actuelle, la Vieille Dame aura vraisemblablement deux possibilités : considérer que Pirlo ne pouvait pas faire beaucoup mieux dans le contexte actuel et lui donner une seconde chance d’incarner ce renouveau, ou mettre ledit projet de refonte à la poubelle. En bref, panique à bord. Pas très attrayant.

Le Milan ensuite. Elliott Management aux manettes, priorité au business, pas de temps accordé à un coach et à la construction d’un vrai projet sportif pérenne, Pioli récemment prolongé. C’est non. Enfin, l’Inter va passer un été mouvementé avec le retrait des investisseurs chinois de Suning. L’avenir y est illisible. Cerise sur le gâteau, un petit précédent historique: Le dernier entraîneur aux idées novatrices à y avoir mis les pieds était Gasperini en 2011. Viré après une poignée de matchs sans avoir pu mettre quoi que ce soit en place, il déclarera : «Historiquement, l’Inter n’a aucun projet sportif», taclant la vision toujours court-termiste des dirigeants nerazzurri, courant derrière les deux rivaux au rythme de succès peu comparable avec le leur.

Reste alors quatre outsiders, mais où il semble difficile d’imaginer monter un projet pour des raisons déjà évoquées dans d’autres cas. Claudio Lotito ou Aurelio De Laurentiis ne sont pas les dirigeants les plus conciliants ou patients du monde, et ne dirigent pas les clubs les plus stables du pays, loin de là. L’AS Roma de son côté, a choisi Sarri pour se relancer en pleine tempête. Dernier cas, qui fait un peu exception, l’Atalanta. Laquelle n’a cependant aucune raison de se séparer de Gianpiero Gasperini.

La seule offre italienne est donc venue de la Fiorentina, qui a la volonté de construire autour de sa jeunesse depuis l’arrivée de Rocco Commisso à la tête du club. Sans succès, il suffit de voir la valse des entraîneurs à Florence dans ce laps de temps. Quel intérêt aujourd’hui de quitter Sassuolo pour la Viola ? Repartir d’en bas avec un club moins structuré sur un projet grossièrement similaire ?

Un havre de guerre

Devant ce tableau d’ensemble, auquel on ajoute le fait que De Zerbi a toujours cru au fait que l’élaboration d’une idée complète du football passe par le fait de s’ouvrir à d’autres horizons, on comprend qu’un départ hors d’Italie ne se justifie pas tant par un manque de compétence que par une vraie réflexion de sa part. Et voilà que le Shakhtar devient une destination de choix.

Depuis l’ère Lucescu, le club ukrainien a toujours laissé le temps à ses coachs de prendre leurs marques. Et suivant une vision du football collant à celle de De Zerbi. José Boto, chef du recrutement du Shakhtar depuis 2018 est très clair à ce sujet : A titre personnel, il est admiratif du football de Cruyff, est intransigeant sur le fait que l’équipe doit gagner d’une certaine façon.

S’il est là, c’est pour mettre en place une équipe telle que la veut le président du club; qui joue bien et permet à qui la soutient de vivre de belles émotions. Le respect du jeu et du supporter est fondamental dans l’élaboration du football pratiqué par le Shakhtar, ce qui explique le style historiquement spectaculaire de l’équipe depuis les années 2000. Un discours sur lequel se calque complètement celui de RDZ.

Philosophie concordante, effectif pluriculturel footballistiquement parlant, un vivier de jeunes intéressant, une place européenne assurée (le club jouera les barrages pour la C1), et a minima un objectif sportif clair qui sera de reprendre la suprématie nationale perdue au profit du Dynamo Kiev. Dernier point et non des moindres dans l’optique de rallier les sommets européens : Un contrat à 4M€ annuels, avec lequel ira forcément un changement de statut aux yeux des clubs du Vieux Continent.

De quoi accessoirement faire passer soudainement un coach comme De Zerbi de «insignifiant» à «inaccessible» dans le futur pour un club comme l’OL. Justifiant sans cesse le retour au choix d’un coach local peu inspiré ou inspirant. Laissant forcément planer le regret que Lyon ne sache pas proposer un environnement plus serein à son football qu’un club déraciné par la guerre.