Le Onze d’Or, quand la Hongrie impressionnait le monde

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Si je vous parle d’une sélection nationale légendaire, vous pensez forcément à l’Allemagne, au Brésil, aux Pays-Bas, et aux autres nations couronnées de succès. La Hongrie n’est pas le premier nom qui vient à l’esprit des amateurs du ballon rond. Pourtant, le Onze d’Or hongrois des années 50 fait sans conteste partie des meilleures équipes de l’histoire de ce sport.
Tout prend forme en 1949, quand Gusztáv Sebes est nommé à la tête de la sélection après que soit proclamée la République Populaire de Hongrie. Il va alors piocher majoritairement dans les rangs du club de l’armée, le Budapest Honvéd. Parmi ces joueurs, Gyula Grosics, « la panthère noire », Sándor Kocsis, surnommé tête d’or, et le plus célèbre des footballeurs hongrois, Ferenc Puskás.

Le début de l’aventure

A partir du 14 mai 1950, l’équipe ne perdra plus une seule rencontre en 4 ans. Après de nombreux matchs amicaux remportés brillamment, Gusztáv Sebes réussit à convaincre les dirigeants communistes de son pays de participer aux Jeux Olympiques de 1952. Le pays n’étant pas très ouvert sur l’extérieur à cette époque, le gouvernement finit par accepter que les Magyars puissent s’envoler pour Helsinki. En Finlande, la légende du Onze d’Or hongrois connaîtra ses premiers succès. Ils disposent d’abord facilement de la Roumanie et de l’Italie, puis atomisent la Turquie 7-1 et la Suède 6-0. Ils se retrouvent ainsi en finale contre la Yougoslavie devant presque 60 000 spectateurs venus pour observer cette équipe faisant sensation. Grâce à un but de l’inévitable Ferenc Puskás et un de Zoltán Czibor, les Magyars Magiques rentrent au pays avec la médaille d’or.

Le match du siècle

Même si un succès lors des Jeux Olympiques laissait prétendre que la Hongrie faisait partie des meilleures sélections au monde, elle a néanmoins dû continuer à prouver sa valeur avant de participer au Mondial 1954. Son match le plus significatif a lieu un 25 novembre 1953. La Hongrie se rend alors à Wembley pour y défier l’Angleterre. Un match extrêmement symbolique dans un contexte de Guerre froide. Il représente l’affrontement du symbole capitaliste en Europe, contre une nation guidée par le communisme. À cette période, l’Angleterre n’avait jamais perdu dans son stade contre une nation non-britannique. Les talentueux Hongrois ont su faire déjouer tous les pronostics en infligeant une rouste aux Anglais, s’imposant 6-3, grâce à un triplé de Nándor Hidegkuti, deux réalisations de Puskás et un dernier de Sándor Kocsis. Une véritable humiliation pour les Britanniques, d’autant plus que la presse du Royaume qualifiera cette partie de “match du siècle” des années plus tard.
L’impact de cette rencontre est sans précédent dans l’histoire du football et sera un tournant majeur dans l’approche tactique des équipes.

Une tactique innovante et gagnante

Si la Hongrie tenait entre ses frontières certains des meilleurs joueurs du monde, c’est surtout sa tactique novatrice qui lui permettra d’enchaîner les victoires. Le football de l’époque voulait que l’équipe soit divisée en deux, avec le fameux WM extrêmement rigide et cher aux Anglais. Une partie de l’équipe défendait, et l’autre attaquait. Gusztáv Sebes a cassé les codes. Les onze membres de son effectif étaient concernés par les différentes phases de jeu. Alors que l’usage était de jouer avec trois attaquants de pointe et deux ailiers, il fait redescendre un buteur plus bas, celui-ci devenant alors l’ancêtre du numéro 10. Il a aussi demandé à ses deux ailiers de reculer, formant un bloc plus compact et ainsi capable d’aller très vite dans le jeu de transition. « Nous étions libres de nos déplacements et quand nous avions le ballon, tout le monde participait au jeu, les défenseurs comme les attaquants. Quand nous attaquions, chacun attaquait, et en défense c’était pareil », déclarera l’ancienne star du Real Madrid, Ferenc Puskás.
Cette façon de jouer n’est pas sans rappeler le Totaalvoetbal – football total – inventé par les Hollandais et leur gourou, Rinus Michels. Ferenc Puskás, encore lui : Nous avons, en quelque sorte, inventé l’ancêtre du football total des Néerlandais.”

La Coupe du Monde en point d’orgue

C’est avec un statut de grand favori que la Hongrie débarque en Suisse pour le Mondial 1954. La sélection n’a plus perdu depuis quatre ans et enchaîne les victoires de prestige. En phase de poules, les Magyars Magiques pulvérisent la République de Corée 9-0 et la RFA 8-3. Ils disposent du Brésil 4-2 en quart mais perdent “le major galopant” Ferenc Puskás, blessé à la cheville dans un match extrêmement rugueux. La demi-finale est plus disputée face à l’Uruguay. Le score à l’issue du temps réglementaire est de deux partout et il faudra un doublé de Kocsis en prolongations pour que la Hongrie soit la première équipe de l’histoire à battre la Celeste dans un tournoi mondial. L’issue de la compétition ne fait aucun doute puisque les Hongrois retrouvent en finale l’Allemagne de l’Ouest, facilement écartée auparavant, d’autant plus que Puskás fait son retour au sein du Onze d’Or. Toutefois, un « miracle » va se produire et la RFA remportera son premier trophée international sur le score de 3-2, alors qu’elle était menée 2-0.

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Fin de l’aventure

Après cette défaite inattendue et historique, l’Aranycsapat – le Onze d’or en hongrois – va perdre de sa superbe. Pourtant, l’équipe enchaînera par la suite une nouvelle série de 18 matchs sans défaite. L’épopée se terminera finalement pour des raisons politiques. En 1956 a lieu l’insurrection de Budapest, une révolte des Hongrois contre le régime communiste. Le 23 octobre, des chars russes entrent dans la capitale pour écraser cette insurrection. À ce même moment, la plupart des joueurs sont en déplacement européen avec le club du Budapest Honvéd. Certains choisissent alors de ne pas rentrer, et seront érigés comme des ennemis par le gouvernement en place. À la demande de la fédération, les exilés seront suspendus 18 mois par la FIFA. La « flèche” Zoltán Czibor signera au FC Barcelone deux ans plus tard, tout comme son compatriote Sándor Kocsis. Le « major galopant” Ferenc Puskás choisira lui le Real Madrid, avec tout le succès qu’on lui connaît.

Le Onze d’Or hongrois est la preuve d’un concept trop souvent oublié. Il n’est pas nécessaire de gagner des trophées pour rester dans la postérité. Avec un style de jeu novateur, attractif, et ayant inspiré d’autres grandes équipes des décennies plus tard, les Magyars Magiques font à jamais partie des meilleures équipes de sélections de l’histoire. Emmenés par un Sándor Kocsis auteur de 75 buts en 68 sélections et par Ferenc Puskás, buteur à 84 reprises en 85 capes, la Hongrie aura presque atteint le but ultime, la Coupe du Monde.

Sources :

  • La légende du onze d’or hongrois naît aux Jeux d’Helsinki en 1952, Olympic.org
  • Romain Armante, Histoire : au temps de la fameuse domination hongrois, En Lucarne
  • Hungary : the Golden Team that never quite made it, The False 9

Crédits photos : IconSport