La Coupe du Monde au Qatar, un rêve bientôt réalité pour des jeunes solidaires de Saint-Denis | OneFootball

La Coupe du Monde au Qatar, un rêve bientôt réalité pour des jeunes solidaires de Saint-Denis

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En plein confinement, une association du quartier Franc-Moisin à Saint-Denis a voulu récompenser des jeunes filles et garçons ayant fait preuve d’une grande solidarité en participant à des distributions alimentaires dans toute l’Île-de-France. Le projet ? Emmener ce petit monde au Qatar pour la Coupe du Monde 2022. Récit d’un rêve qui deviendra bientôt réalité.

C’est souvent dans la douleur que naissent les plus belles idées. Si, pour beaucoup, confinement a rimé avec punition, à Saint-Denis, des jeunes du quartier Franc-Moisin ont profité de cette période contraignante pour aider les personnes en situation de précarité. Au menu notamment, des distributions alimentaires aux quatre coins de l’Île-de-France. « Au début de la crise sanitaire, il n’y avait plus de football et on commençait à tous tourner en rond, sourit Moussa, jeune footballeur et éducateur. Un jour, sur un coup de tête, on s’est dit que ce serait cool de se rendre au Qatar pour la Coupe du Monde 2022. On n’y croyait pas vraiment, mais les animateurs nous ont dit qu’un tel projet était possible et on s’est investis. »

Outre Moussa, une vingtaine de gamins, filles et garçons, âgés de 16 à 18 ans, s'envoleront vers Doha en novembre prochain. « Ce sont des jeunes investis tout au long de l’année dans les associations ou les clubs de foot, alors pourquoi ne pas les remercier et valoriser toutes leurs actions depuis six ans, plaide Fehmi Cherif, Animateur de l’Espace Jeunesse Franc-Moisin. Vu qu’ils seront majeurs l’année prochaine et qu’on ne les aura plus au sein de la structure, on s’est dit qu’il fallait marquer le coup. Une fois le projet bouclé, on a cherché à organiser des événements pour s’autofinancer et se donner les moyens de durer dans le temps. Mais ce n’est pas évident de tout réussir sans aide extérieure. Du coup, on tente, chacun avec notre réseau, de s’unir afin de récolter un maximum de fonds. »

Travail de terrain

Coût du projet : environ 140 000 euros. « Ça représente un sacré budget, souffle Karim Ben Ameur, directeur de l’Association Jeunesse et Sport du Monde (AJSM93) qu’il a fondée en 2014. Lors d’un évènement comme le Mondial, tous les prix sont amplifiés : billets d’avion, logement, nourriture. 25 personnes vont participer à cette aventure, 20 adolescents et 5 accompagnateurs sur les 63 membres que compte l’association. On est à la recherche de partenaires ou de soutiens que ce soient des institutions, des entreprises, des mécènes ou des sponsors qui nous permettraient de passer un cap. »

Car si ce voyage en terre qatarienne est la partie visible de l’iceberg, le gros du travail s’effectue sur le terrain, en toute discrétion. « On est sur une action régionale, on intervient dans 14 arrondissements de Paris, dans le 92, 93 et 94, et on aimerait encore se développer, poursuit Karim Ben Ameur, enseignant et donc habitué à donner de sa personne. Notre association est très impliquée sur le territoire par nos différentes actions sportives, handisport compris, de loisirs avec des sorties journalières ou nocturnes à Paris, l’insertion, la prévention et les séjours. On touche absolument tout le monde, on est reconnus d’utilité publique grâce à nos actions solidaires. »

Et pour ce quinté d'encadrants, pas question de consacrer ce temps par intérêt. « Je ne vis pas du tout de l’association, je bosse à la CPAM de Paris depuis 13 ans, relate Diangou Traoré, directrice de l’Association Franc-Moisin Citoyenne. Tout ce qu’on fait, c’est avec le cœur, ce sont des valeurs que nos parents nous ont inculquées : amour, bienveillance, solidarité et bien-être. La distribution alimentaire, ça s’est passé comme ça, un camion est arrivé et tout le monde a débarqué spontanément pour décharger. Je tiens à le dire, les quartiers populaires, ce n’est pas la racaille qui est une minorité. Quand tu as le 93 sur ton numéro de sécurité sociale, c’est très violent. Le but, c’est de les mettre en lumière, de leur montrer qu’il n’y pas d’échec, on peut tous rêver et y arriver… »

Cadeau rêvé

Samba Sakho ne dit pas autre chose. « Premièrement, ils ont de hautes valeurs de moralité, d’humanité et de fraternité. Deuxièmement, ils ne font aucune différence entre hommes et femmes. Troisièmement, ça n’était pas une obligation, mais ils sont venus d’eux-mêmes pendant la période de confinement et chacun savait ce qu’il avait à faire. Ils n’ont rien demandé en retour et ces valeurs-là se perdent. Ce genre de projet, ça va les faire grandir et leur permettre de découvrir d’autres cultures. J’ai eu la chance de faire le Brésil en 2014, les jeunes de l’époque et moi, on en parle tout le temps. »

Si cela paraît sans doute anodin aujourd’hui, il faut se replonger dans le contexte du mois de mars 2020 pour mesurer le courage de ce groupe de garçons et filles. « On avait sollicité beaucoup de monde, mais les candidats se faisaient rares. Eux ont surmonté leur peur liée au confinement total, leur situation financière compliquée et surtout leurs soucis scolaires, rappelle Karim Ben Ameur. Ironie du sort, même s’ils habitent tous à deux pas du stade de France, ils n’ont jamais eu la chance d’assister à un match de l’équipe de France. Donc c’était le cadeau rêvé. » Pas question pour autant de tout offrir sur un plateau aux jeunes, l’investissement de chacun reste primordial. « Certes, à la base, les jeunes sont fondateurs de leur propre projet, mais on veut aussi leur montrer la complexité de monter une initiative, que ça prend du temps, de l’énergie, de la conviction et que ça doit durer dans le temps. Quand tu inculques de bons comportements et de bonnes habitudes, ça se propage. Il y a un effet boule de neige. D’autres personnes vont par la suite aider d’autres personnes. Et tout le monde sera gagnant. » CQFD.

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