[Interview] Martyrs J-2, Golden, ultra White Knights : «J’ai toujours eu en tête l’idée que je pouvais mourir» | OneFootball

[Interview] Martyrs J-2, Golden, ultra White Knights : «J’ai toujours eu en tête l’idée que je pouvais mourir»

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Jusqu’à vendredi, jour de sortie du webdocumentaire Martyrs, le destin des ultras du Caire, retrouvez sur Ultimo Diez et Caviar Magazine les interviews exclusives de certains participants du long-format.

Mercredi : échange avec Golden, membre des Ultras White Knights, groupe soutenant le club cairote du Zamalek SC.

Ultimo Diez – Golden, salut ! Comment et pourquoi es-tu devenu membre des UWK07 ?

Golden – C’est né quand j’ai commencé à grandir, à devenir une personne mature qui pouvait comprendre  ce qu’est la passion et la fidélité pour un club de football.

En 2007, quand j’ai vu l’apparition des ultras et surtout des choses qu’ils faisaient au stade… (Il se coupe) Il faut savoir qu’à cette période Zamalek avait beaucoup de difficultés. Mais ces supporters continuaient quand même d’aller à droite à gauche pour le club, d’être derrière lui, sans égard aux problèmes sportifs, financiers ou administratifs. J’ai vu et j’ai compris que ces personnes-là, ces ultras, aimaient leur club et qu’ils n’avaient pas d’autres buts que celui de lutter pour lui et de le soutenir. C’est à partir de là que j’ai décidé de les rejoindre. C’était en 2010. Je suis devenu un membre du groupe Ultras White Knights 07. Je participais aux réunions, à la préparation des tifos deux ou trois jours avant le match.

Tu avais besoin toi aussi de te trouver avec d’autres gens en groupe, de partager des choses communes ?

Oui. Les ultras te poussent à t’exprimer, à montrer l’amour que tu as pour le club. Puis, c’est un groupe. Il y a des règles, des hiérarchies et une mentalité à respecter.

Justement, c’est quoi pour toi la mentalité ultra ?

La première chose, c’est la fidélité au club. Ensuite, il faut être indépendant. Nous sommes un groupe indépendant. Personne ne peut nous imposer quoi que ce soit. On a la liberté de dire ce que l’on veut et parfois de faire ce que l’on veut.

J’imagine que cela posait souci à l’époque, en Egypte ?

Oui. Nous n’avions pas la liberté de nous exprimer. Quand on a commencé à faire revivre dans le stade cette idée de la liberté et de l’indépendance, on a commencé à voir que les ultras devenaient pour les jeunes égyptiens une sorte de référence en matière justement de liberté et d’indépendance.

La police et le pouvoir ne voulaient pas se casser la tête. Ils voulaient tout contrôler. Quand ils ont vu arriver ces groupes ultras, ces gens, ce phénomène finalement anormal pour eux, il était impératif dans leur esprit de le contrôler, de le calmer et de l’arrêter. Le stade était alors l’un des seuls endroits où l’on pouvait s’exprimer et faire ce que l’on voulait.

Les premières répressions ont donc commencé ensuite. Tu te souviens de cela ? As-tu des exemples en tête ?

Oui, je me rappelle d’un match précisément. Zamalek affrontait ce qu’on appelle « le club de la police », qui appartient à la police. Comme d’habitude, nous sommes rentrés dans le stade avec nos tambours et notre bâche. Mais la police a commencé à nous déranger, à nous interdire de faire certaines choses, de chanter certaines chansons ou d’insulter les adversaires. Sauf que non. Non. Nous sommes ici dans notre tribune. On est libre de dire ce que l’on veut. Des policiers ont ensuite essayé de nous arracher les tambours pour que l’on stoppe notre activité. En tant qu’ultras, cela va a l’encontre de nos principes, de nos valeurs. On a alors commencé à se défendre…

Il y a aussi 2013. Il y avait un très gros conflit avec le président du club de l’époque. On a organisé une manifestation pour protester contre sa gestion du club. On peut dire que c’était la Révolution des supporters de Zamalek. On s’est rassemblé devant le club et on a appelé à la démission de notre président. La police a répondu par des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. On a perdu l’un de nos leaders : Amr Hussein. C’est le premier ultra du Zamalek qui est tombé dans un affrontement avec la police. C’est le premier des Martyrs.

Les médias égyptiens ont réagit négativement à l’apparition du mouvement ultra en 2007 ?

Au début, non. Ils ne savaient d’ailleurs même pas qui on était et ce qu’était vraiment le mouvement. Les médias nous présentaient comme des jeunes qui donnaient une bonne image du club. Mais à l’époque, c’était flou. Ils ne savaient pas qu’on était contre la tyrannie et le pouvoir, notamment. Quand on a commencé à dire que l’on voulait la liberté et du changement, les discours ont changé dans les médias.

« Chaque Révolution a un prix »

La liberté que tu évoques, tu peux la définir comment ?

La liberté simple. De vivre comme des êtres humains. Ce que le régime souhaitait, c’est que l’on vive comme eux le voulait. Au début, on chantait pour exprimer notre fidélité au club. Ensuite, sont apparus des chants pour la liberté des ultras dans le monde. Je me souviens du chant « Ultras, sang de la vie ». Les paroles et les mots exprimaient la liberté des ultras, la liberté de ce que l’on faisait dans le stade, en tribunes. C’est après la Révolution que des chansons en hommage à celle-ci, qui retraçaient ce qu’il s’était passé, sont apparues.

Que peux-tu nous dire du rôle des ultras durant la Révolution de 2011 ?

A cette époque, on avait l’envie de se révolter. Je me rappelle de notre leader, Sayed Moshaghi, actuellement prisonnier depuis 2015, qui était parmi les premières personnes à participer à la révolution.

Il y avait des appels parmi les membres ultras, des publications sur Facebook qui appelait à descendre dans la rue. C’est pour les évènements de l’après-révolution que les groupes n’ont pas communiqué et ne se sont pas positionnés. En 2013, notamment. C’était différent. En 2011, on était présent et on en est fier ! On était là contre le pouvoir.

Vos expériences avec la police ont aidé la contestation ?

Effectivement, cela a eu un rôle très important pour se défendre nous et les autres contre la police.

Peux-tu nous parler de l’après-Révolution ?

On voyait toujours le même visage de l’Egypte, celle de Moubarak. Cela n’a rien changé. On a senti que notre Révolution était perdue, qu’elle nous échappait. Il fallait réagir contre ce nouveau pouvoir, celui de l’armée. Dans les stades aussi, notamment, il y a eu des chants et des tifos contre la police et la main mise de l’armée sur le pouvoir. Ce qui a eu des mauvaises conséquences…

Tu fais allusion au drame de Port-Saïd (ndlr : 72 supporters du club rival Al-Ahly sont morts au stade, à Port-Saïd, en 2012, à l’issue d’un match de championnat national interrompu après l’envahissement de la pelouse par les supporters locaux). Tu as eu peur de mourir, toi, après ce drame ?

Oui et non. Car j’ai toujours eu en tête l’idée que je pouvais mourir. Mais je n’avais pas spécialement peur de cela. Si j’avais peur, pourquoi ai-je alors participé à cela ? Je savais qu’il pouvait y avoir des conséquences. Il y a toujours un prix à payer pour la liberté. Par exemple, durant la Révolution, des gens l’ont payé. Ce sont des Martyrs. Chaque révolution a un prix…

Rendez-vous vendredi pour la publication du webdocumentaire Martyrs, le destin des ultras du Caire.

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