🎙 Interview – Francisco GarcĂ­a Pimienta : « Aujourd’hui, on dit que Nico est le fils de Fran mais bientĂŽt on dira que Fran est le pĂšre de Nico ! Â» | OneFootball

🎙 Interview – Francisco GarcĂ­a Pimienta : « Aujourd’hui, on dit que Nico est le fils de Fran mais bientĂŽt on dira que Fran est le pĂšre de Nico ! Â»

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Ancien joueur du Barça, Francisco GarcĂ­a Pimienta a Ă©tĂ© l’un des formateurs les plus en vue au FC Barcelone pendant plus de 15 ans. Messi, FĂ bregas, Busquets, Nico, Mingueza, Puig : tous ont Ă©voluĂ© et grandi sous ses ordres. ÉcartĂ© du club l’étĂ© dernier par Joan Laporta et en attente d’une opportunitĂ©, le technicien s’est longuement confiĂ© pour ÂĄFuria Liga! sur le modĂšle de formation blaugrana et l’influence indĂ©passable de Johan Cruyff.

Francisco GarcĂ­a Pimienta, vous avez fait partie de la « Quinta del Mini Â» avec le Barça B en tant que joueur, puis vous ĂȘtes devenu un formateur emblĂ©matique du club. On dit de vous que vous ĂȘtes plus Cruyffiste que Cruyff lui-mĂȘme !

C’est tout Ă  fait vrai ! (Rires) J’ai eu la chance de jouer dans toutes les catĂ©gories de jeunes du Barça, de 12 Ă  23 ans. Je suis entrĂ© en 1986 et Johan Cruyff est revenu en 1988. Il a mis en place la mĂȘme mĂ©thodologie d’entraĂźnement et de jeu pour toutes les Ă©quipes, avec succĂšs. Je l’ai vĂ©cu Ă  la premiĂšre personne dans un club qui Ă©tait dotĂ© des meilleurs joueurs de Catalogne, voire d’Espagne, de mes 14 ans Ă  mes dĂ©buts avec l’équipe premiĂšre 9 ans plus tard. Je ne dis pas qu’il faut avoir Ă©tĂ© joueur pour devenir un trĂšs bon entraĂźneur. En revanche, tu as un avantage si tu l’as vĂ©cu. J’ai ensuite pu l’expĂ©rimenter comme technicien pendant 17 ans, du cadete au Barça B lors des 3 derniĂšres saisons.

Vous avez été une des chevilles ouvriÚres de cette méthodologie qui fait référence.

C’est un cheminement qui a durĂ© 30 ans. Je crois que cette maniĂšre de tous s’entraĂźner de la mĂȘme maniĂšre fait comprendre aux joueurs que c’est la meilleure façon de gagner. On s’en rend compte rĂ©cemment avec Gavi. Il est trĂšs jeune et, on le voit avec l’équipe premiĂšre, il a dĂ©jĂ  intĂ©riorisĂ© cette maniĂšre de jouer et de gagner. Nous recrutons un profil trĂšs clair pour dĂ©velopper cette façon de jouer. Maintenant que le club a dĂ©cidĂ© de se passer de mes services, je sais que je ne pourrai pas faire pareil dans un autre club car les joueurs, aussi bons soient-ils, n’ont pas intĂ©riorisĂ© cela.

Votre départ a surpris beaucoup de monde


Moi aussi ! (Rires)

« Pour leur maniĂšre de comprendre le football, Gavi, Riqui et Nico peuvent jouer ensemble, sans aucun doute Â»

Vous Ă©voquez Gavi mais il n’est pas le seul. Nico GonzĂĄlez est Ă©galement montĂ©, Ansu Fati est revenu aprĂšs un an de blessure et a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© de belles performances. Cependant, on a l’impression que Ronald Koeman, malgrĂ© son immense passĂ© de joueur au Barça, est nourri d’autres influences.

Les joueurs qui sont arrivĂ©s trĂšs jeunes au club sont compĂ©titifs et veulent tous gagner. Ils ont un ADN trĂšs Ă©tabli et ils ont Ă©tĂ© Ă©duquĂ©s Ă  jouer de la sorte depuis trĂšs longtemps. Dans les catĂ©gories infĂ©rieures, on leur a inculquĂ© une certaine maniĂšre de jouer. Peu importe l’adversaire dans des tournois nationaux ou internationaux, ils doivent jouer comme on leur a appris. C’est pour cela que l’entraĂźneur de l’équipe doit croire en ça. Le plus grand succĂšs de l’histoire du club, c’est quand il y a eu, aussi bien dans l’effectif que dans le staff, autant de joueurs formĂ©s Ă  la Masia, avec Johan Cruyff mais surtout avec Pep Guardiola, sans oublier Tito Vilanova qui Ă©tait parmi ceux qui croyaient le plus en cette façon de jouer. Pour la simple et bonne raison que le Barça pouvait avoir cette philosophie et tout gagner, mĂȘme la Ligue des Champions. Il faut que l’entraĂźneur croie vraiment en ça et valorise le potentiel du club depuis le fĂștbol base.

On imagine que cela a contribuĂ© aux performances de Lionel Messi ou de Sergio Busquets qui ont Ă©voluĂ© quasiment toute une vie dans la mĂȘme configuration ?

Avec Messi, on parle du meilleur joueur du monde qui pourrait trĂšs bien jouer dans n’importe quel endroit. Quant Ă  Sergio Busquets, c’est le joueur typique de la cantera qui a Ă©voluĂ© dans l’une des positions les plus difficiles selon moi dans le fĂștbol base au Barça : celui de 6. En fait, de nombreux clubs Ă©voluent avec deux pivots : quand l’un se trompe, l’autre peut l’aider. Au Barça il n’y en a qu’un seul. Donc il doit jouer pour deux. Tu peux ĂȘtre bon avec le ballon mais si tu te trompes quand tu ne l’as pas ou que tu subis la pression adverse, le rival peut attaquer la ligne dĂ©fensive et gĂ©nĂ©rer une situation qui te met en danger. Son positionnement est trĂšs important. Busquets est l’exemple qu’un joueur qui vient du bas de la pyramide peut s’adapter parfaitement Ă  cette position. Il se passera la mĂȘme chose avec Nico quand, dans 2 ou 3 ans, Sergio Busquets arrĂȘtera. Il remplira ce rĂŽle car il a dĂ©jĂ  intĂ©riorisĂ© cela. Je l’ai eu la saison derniĂšre avec le Barça B et ce sera un 6 d’envergure mondiale avec le Barça.

Nico a un pÚre célÚbre : Fran, un des symboles du SuperDepor (photo). Est-ce que cette filiation entre en jeu, notamment au niveau de la mentalité et de la régularité des efforts pour atteindre des objectifs élevés ?

Leurs caractĂ©ristiques respectives sont trĂšs diffĂ©rentes. Fran Ă©tait un intĂ©rieur qui pouvait jouer ailier avec beaucoup de dĂ©sĂ©quilibre dans le un contre un et avec le sens du but. Nico peut trĂšs bien jouer intĂ©rieur, il en a les capacitĂ©s, mais il a les aptitudes d’un 6 car il est plus grand, plus fort et il assume de prendre des risques dans une zone dangereuse du terrain. Pour moi, avoir un pĂšre qui a Ă©tĂ© professionnel est un avantage pour lui car il a vu l’exigence au quotidien. Mais j’en suis certain et vous verrez : aujourd’hui, on dit que Nico est le fils de Fran mais bientĂŽt on dira que Fran est le pĂšre de Nico !

Photo by Icon Sport

Il y a un troisiĂšme joueur pour former ce triangle au milieu mais qui ne joue quasiment pas avec Koeman : Riqui Puig. Les trois peuvent ensemble ?

Pour leur maniĂšre de comprendre le football, sans aucun doute. Je les ai faits jouer avec le Barça B, dans un championnat trĂšs difficile, quand ils avaient seulement 18 ans avec Jandro Orellana et Álex Collado. Ils ont un profil trĂšs associatif mais pas denses physiquement. Au niveau de la comprĂ©hension du jeu, ils Ă©taient les meilleurs. Or dans le football, il n’y a pas que ça. Nous avons affrontĂ© beaucoup d’adversaires pour qui l’aspect dĂ©fensif est trĂšs important. Je suis certain qu’ils pourraient jouer ensemble, y compris avec Pedri dont on dirait qu’il a Ă©tĂ© formĂ© chez nous, ce qui est extrĂȘmement rare.

Vaut-il mieux pour un ailier de jouer sur son pied naturel ?

J’étais moi-mĂȘme ailier et je prĂ©fĂ©rais jouer sur mon pied droit. Il faut chercher les vertus de chaque joueur. On ne peut Ă©riger une rĂšgle absolue en exigeant qu’on doive jouer sur son pied naturel ou obligatoirement ĂȘtre un ailier inversĂ©. J’ai eu sous mes ordres Carles PĂ©rez qui Ă©volue dĂ©sormais Ă  la Roma. Il est gaucher mais quand il jouait Ă  gauche, il valait 5 ou 6. Mais quand il Ă©tait Ă  droite, il valait 8, 9 voire 10. Pourquoi ? Parce qu’il avait des facultĂ©s pour rentrer sur son bon pied et frapper. En revanche, Adama TraorĂ© et Jordi Mboula sont des droitiers qui prĂ©fĂšrent jouer Ă  droite car ils sont meilleurs dans le un contre un sur leur jambe agile qu’avec leur pied gauche. Il faut faire jouer les joueurs lĂ  oĂč ils ont le meilleur rendement pour eux et pour l’équipe.

Et qu’en est-il de Konrad de la Fuente ?

Il a 20 ans, il a besoin de tranquillitĂ©. Il ne faut pas oublier qu’un joueur comme AndrĂ©s Iniesta a attendu d’avoir 22-23 ans pour gagner en maturitĂ©. Si un joueur de ce calibre mondial a eu besoin de ce temps
 Gavi est une exception, Ilaix Moriba aussi et je ne parle pas de Messi. Mais tous les autres doivent suivre leur propre cheminement. Konrad, dans 2 ou 3 ans, ce sera un ailier top. Peut-ĂȘtre pas comme MbappĂ© mais il faut rester tranquille !

A quel poste ?

Konrad peut aussi bien Ă©voluer Ă  droite comme Ă  gauche. Il est bon des deux pieds. Il manie bien son pied droit mais son pied gauche, c’est la perfection. Avec moi, il a jouĂ© aux deux postes et il a le sens du but. Il est plus Ă  l’aise avec son pied gauche, je ne sais pas pourquoi. Mais ça dĂ©pend aussi des discussions au sein de l’équipe au moment d’affronter un adversaire, trouver la meilleure position et la meilleure solution. C’est trĂšs difficile de trouver un joueur aussi dĂ©sĂ©quilibrant que Konrad, aussi bon des deux cĂŽtĂ©s.

Photo by Pressinphoto/Icon Sport

Un autre joueur du Barça B a Ă©tĂ© citĂ© dans les rumeurs de transfert Ă  l’OM, il s’agit d’Álex Collado. Quelle est sa meilleure position ?

Je ne sais pas ce qui se passe au club avec Collado. C’est encore un cas de joueur qui a presque passĂ© toute sa vie au Barça (il est arrivĂ© Ă  11 ans en provenance de l’Espanyol, ndlr). Il a 22 ans, il est toujours en processus de formation, il reste trĂšs jeune. L’an dernier, c’était sa troisiĂšme saison avec moi au Barça B. Je l’ai convaincu que c’était un trĂšs bon joueur et que s’il disposait d’une bonne offre, un club top au niveau espagnol ou europĂ©en, pas de deuxiĂšme division, il devait partir pour y gagner sa place. La Segunda B Ă©tait trop petite pour lui. Je lui ai dit « Ălex, si tu as une belle opportunitĂ© sportive en Espagne ou ailleurs, tu dois tenter ta chance car tu dois devenir un joueur d’une Ă©quipe premiĂšre Â». Dans son nouveau contrat, il devait faire partie de l’équipe premiĂšre mais, Ă  cause des circonstances, il n’a pas Ă©tĂ© inscrit. Pour moi, c’est un intĂ©rieur mais il me facilitait tellement les choses au poste d’ailier. Il m’offrait tellement de solutions dans ces deux rĂŽles
 Il a les qualitĂ©s pour jouer au Barça mais aussi les caractĂ©ristiques pour Ă©voluer partout ailleurs. Ça ne va pas lui faire du bien de ne pas jouer pendant 6 mois mais si un club comme l’Olympique de Marseille parie sur lui et croit en lui, il a tellement de football que je suis certain qu’il reproduira ce qu’il a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©.

A propos du systĂšme de jeu, le FC Barcelone a Ă©voluĂ© en 5-3-2. C’est en raison d’une crainte particuliĂšre, des nouveaux profils jeunes ?

C’est un choix d’entraĂźneur, trĂšs clairement. Quand Johan Cruyff est arrivĂ©, nous ne jouions pas en 4-3-3 mais en 3-4-3 avec les 3 de devant qui Ă©taient des ailiers, pas des carrilleros comme le sont Sergiño Dest, Jordi Alba ou Sergi Roberto qui sont des profils dĂ©fensifs, des latĂ©raux qui ont tout le couloir. Ousmane DembĂ©lĂ©, ou Konrad puisqu’on parlait de lui, sont des ailiers Ă  qui il coĂ»te de dĂ©fendre. Si tu crois dans les profils de joueurs que tu utilises, il faut que ça colle. Quand tu joues avec une dĂ©fense Ă  5, c’est forcĂ©ment par choix. Mais la grandeur de ce club, c’est que de haut en bas, tu joues quasiment toujours de la mĂȘme maniĂšre. C’est dĂ©jĂ  arrivĂ© d’avoir des entraĂźneurs avec des systĂšmes diffĂ©rents, comme Radomic Antic et Bobby Robson, et que nous utilisions de maniĂšre opportune. La force du club, c’est qu’un jour, un homme est venu en croyant fermement en une façon de jouer et d’entraĂźner, comme cela a Ă©tĂ© le cas aprĂšs avec Pep Guardiola puis Tito Vilanova. Ils ont dĂ©montrĂ© qu’en jouant ainsi et avec des joueurs de la maison, on pouvait gagner. Le Barça, c’est bien jouer mais aussi gagner. Actuellement, Ronald Koeman a son idĂ©e. Il a connu la philosophie de Cruyff comme membre de la Dream Team mais, comme entraĂźneur, il a une autre idĂ©e. Il veut gagner mais il utilise plusieurs systĂšmes en fonction des joueurs qu’il a sa disposition.

A propos de 3-5-2 et de 5-3-2, que pensez-vous de l’évolution tactique de Diego Simeone depuis la saison derniĂšre ?

Nous les entraĂźneurs devons Ă©voluer et changer les choses car de la maniĂšre que nous Ă©tudions nos adversaires, eux le font Ă©galement. Il faut donc trouver de nouvelles solutions. Simeone est un coach qui a rĂ©ussi de trĂšs grandes choses avec l’AtlĂ©tico, avec un football en 4-4-2 oĂč son Ă©quipe attendait trĂšs bas pour mieux contrer avec des joueurs trĂšs talentueux qui faisaient la diffĂ©rence. Sauf que les rivaux se sont adaptĂ©s et son Ă©quipe n’a plus pu avoir la mĂȘme vigueur en contre. Selon moi, il pourrait encore faire davantage, parce qu’il a un effectif incroyable. Simeone est loin d’ĂȘtre un idiot, il sait qu’il doit essayer des choses nouvelles et se rĂ©inventer pour gagner. C’est ce qu’il a mis en place contre le Barça, car il savait comme ça allait se passer et ils ont marquĂ© deux buts quasiment identiques.

« Quand l’équipe joue bien et a une idĂ©e trĂšs claire de son jeu comme c’est le cas avec Luis Enrique, Busquets en est le principal bĂ©nĂ©ficiaire Â»

Pour revenir au jeu du Barça, une chose est certaine : pour assumer de jouer de cette maniÚre si caractéristique, il faut constamment répéter des efforts à haute intensité. Comment travaille-t-on cela ?

Ce que nous essayons de faire – je parle de mon expĂ©rience personnelle-  c’est de reproduire Ă  l’entraĂźnement des situations de match. Notre objectif, c’est le match. En fonction du jour de la semaine, nous travaillons la condition physique, par exemple avec un terrain plus petit, parfois plus grand pour allonger les distances en comparaison aux distances rĂ©elles, et toujours avec l’idĂ©e de nous mettre en condition d’obtenir de telles situations de jeu le jour du match. Il y a aussi un travail prĂ©ventif au niveau de la force qui se rĂ©alise Ă  la salle. En rĂ©sumĂ©, ce sont des entraĂźnements qui ne sont pas trĂšs longs mais trĂšs intenses et trĂšs prĂ©parĂ©s en fonction de l’adversaire et de notre systĂšme de jeu, avec la possession du ballon afin que les joueurs l’assimilent tranquillement. C’est la force du club : comme les joueurs sont habituĂ©s depuis toujours Ă  reproduire ce genre d’efforts depuis qu’ils ont 10 ans, c’est la normalitĂ© pour eux. Quand tu fais un entraĂźnement avec des espaces trĂšs rĂ©duits, beaucoup de choses se passent en trĂšs peu de temps. Du coup, il faut penser continuellement Ă  ce que tu dois faire : ta position du corps, les solutions autour de toi, la ligne de passe Ă  privilĂ©gier. Tout ça dans un laps de temps de trĂšs bref sinon tu perds la balle. D’une part, les joueurs que nous recrutons ont le mĂȘme type de profil, ensuite ils sont habituĂ©s Ă  ça, ce qui leur permet d’intĂ©rioriser le plus difficile. Alors lorsqu’ils montent en Ă©quipe premiĂšre, Ă  l’instar de Gavi, quand arrive un ballon relativement proche de sa propre surface, ils n’ont pas de problĂšme car ils l’ont toujours fait. Quand tu joues intĂ©rieur et que le 6 fait tel mouvement, tu sais que tu dois agir de telle maniĂšre pour sortir le ballon. J’en reviens Ă  ce que je disais tout Ă  l’heure : quand j’irai dans un autre club, je ne pourrai pas le refaire parce que les joueurs ne sont pas habituĂ©s et souffrent d’un stress supplĂ©mentaire par rapport Ă  la pression adverse car cela peut se convertir en occasion de but immĂ©diatement. Il faut penser en permanence et assumer de prendre des risques.

Quand on parle Ă  des formateurs en Espagne, que cela soit au sein d’un club professionnel ou d’un club de quartier, l’expression qui revient le plus souvent c’est : « rĂ©soudre des problĂšmes Â».

Toutes les Ă©quipes ont le mĂȘme objectif : gagner. Mais comment essayons-nous de gagner ? Si tu dis Ă  ton gardien de dĂ©gager loin pour atteindre le camp adverse, ce n’est pas bien difficile. Toute l’équipe va au duel et ensuite on verra bien qui l’emporte. Au Barça, pour que l’attaquant reçoive le ballon dans les meilleures conditions, il faut bien lui amener, du gardien aux dĂ©fenseurs, des dĂ©fenseurs aux milieux, des milieux aux attaquants. Il faut faire progresser le ballon dans le camp adverse. Et ça, c’est trĂšs difficile. Alors il faut rĂ©soudre des problĂšmes dans diffĂ©rents endroits du terrain, de la premiĂšre touche du gardien Ă  la frappe de l’attaquant. Il faut intĂ©rioriser les situations de danger, y compris au niveau du gardien. Il faut trouver qui est compatible, qui est atteignable en fonction d’une situation donnĂ©e. Ç’est ça l’ADN du Barça.

Cette ambition de bien former et de bien jouer pour bĂątir des profils pour l’équipe premiĂšre est-elle compatible avec la nĂ©cessitĂ© de monter de catĂ©gorie, dans votre cas de Segunda B Ă  Segunda ?

L’objectif de n’importe quel club est que les joueurs de la cantera intĂšgrent l’équipe premiĂšre. Le Barça a le grand avantage de savoir exactement quel type de joueurs et avec quel style. A partir de lĂ , nous devons leur montrer comment s’entraĂźner, comment jouer, avec quel systĂšme, comment penser constamment. Naturellement, dans l’ADN du Barça, il y a le gĂšne de la victoire. Tous les joueurs qui arrivent au Barça B sont habituĂ©s Ă  remporter tous les championnats, tous les tournois. C’est dĂ©jĂ  ancrĂ© en eux. AprĂšs, si tu diriges des joueurs de 17-18 ans et que tu te confrontes Ă  un championnat aussi difficile que la troisiĂšme division espagnole, face Ă  des joueurs d’une trentaine d’annĂ©es qui ont beaucoup d’expĂ©rience, qui sont trĂšs agressifs et donnent des coups, on va tout de mĂȘme exiger de bien jouer et de gagner. Mais parfois ce n’est pas possible. Mais l’objectif du Barça B est que les joueurs aient le profil pour intĂ©grer l’équipe premiĂšre si elle en a besoin. Ça s’est passĂ© pour Mingueza, AraĂșjo, Konrad, Collado, Riqui, BaldĂ©, Miranda, Cucurella, Monchu
 Pas tous ont rĂ©ussi mais ils Ă©taient lĂ . On demande toujours de gagner mais au Barça B, on n’a pas toujours pu toujours compter sur Ansu, Ilaix, Mingueza, Gavi etc et il a fallu recruter Ă  l’extĂ©rieur, ce qui n’a pas beaucoup de sens car ça coĂ»te de l’argent et les recrues ne comprennent pas le football comme nous. Le seul joueur que j’ai demandĂ©, c’est Roger Riera et il n’a Ă©tĂ© lĂ  que 3 mois.

A l’heure actuelle, le club qui parvient le mieux à rendre cette passerelle effective, c’est la Real Sociedad.

C’est un trĂšs bon exemple, tout comme celui de l’Athletic qui le fait davantage par obligation. La Real croit en ce modĂšle du bas vers le haut et si elle ne le trouve pas ses rangs, elle s’autorise Ă  recruter. Mais la majoritĂ© de ses joueurs vient de son centre. Ça, c’est le succĂšs assurĂ©. En plus, il y a un entraĂźneur, Imanol Alguacil, qui a Ă©tĂ© joueur puis formateur du club donc c’est un gage de rĂ©ussite. Pourquoi ? Parce qu’il est convaincu que la meilleure maniĂšre de rĂ©ussir, c’est avec des profils formĂ©s Ă  la maison. Pour autant, je ne sais pas s’ils parviendront un jour Ă  gagner la Liga parce que leurs ressources sont infĂ©rieures Ă  d’autres, Ă  commencer par le Barça et le Real Madrid.

Revenons au Barça. Récemment, nous avons vu deux versions distinctes de Sergio Busquets : celui avec le Barça, souvent dépassé, et celui avec la Roja, organisateur et précis. Comment peut-on expliquer une telle versatilité ?

C’est difficilement comprĂ©hensible qu’il soit bon avec l’Espagne et moyen avec le Barça. Cela prouve qu’un systĂšme de jeu convient plus Ă  Busquets que l’autre. Durant des annĂ©es, il a Ă©tĂ© excellent et il est Ă©vident que sa baisse de rĂ©gime a correspondu avec le pire Barça. L’équipe n’a pas jouĂ© de la meilleure des maniĂšres et, quand elle est coupĂ©e en deux, il est en difficultĂ© car sa qualitĂ© premiĂšre n’est pas de courir. Il n’a jamais Ă©tĂ© le plus rapide mais il a toujours Ă©tĂ© clairvoyant, bien placĂ© et douĂ© balle au pied. Quand l’équipe est scindĂ©e en deux, il disparaĂźt. Quand l’équipe joue bien et a une idĂ©e trĂšs claire de son jeu comme c’est le cas avec Luis Enrique, Busquets en est le principal bĂ©nĂ©ficiaire car cela met en valeur ses aptitudes et cela rejaillit sur les autres.

Pourquoi le Barça ne parvient-il pas à sortir un 9 de grande envergure ? Le club est essentiellement porté sur la qualité de la passe et moins sur le tir ?

Au Barça, le rĂŽle de 6 est trĂšs important mais aussi celui du 9 dans le jeu de position. Nous ne voulons pas de 9 qui soit exclusivement un renard des surfaces car, le plus souvent, la dĂ©fense adverse se cantonne derriĂšre et marquer un tel profil est facile. Nous souhaitons Ă©videmment que l’attaquant marque des buts mais aussi qu’il prenne les espaces et qu’il sache bien jouer entre les lignes. C’est trĂšs complexe de dĂ©velopper de telles caractĂ©ristiques. Ansu Fati joue davantage sur le cĂŽtĂ© mais il peut Ă©galement Ă©voluer en 9 car ce n’est pas un joueur fixe qui reste dans la mĂȘme position. Messi sait Ă©galement trĂšs bien le faire car, par son placement, il rend dingue la dĂ©fense adverse. Abel Ruiz, qui a rĂ©cemment Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© avec l’Espagne, avait tout ça mais il lui a manquĂ© la rĂ©ussite devant les cages. En revanche, il a tout le reste : recevoir dans les pieds, proposer de la profondeur, jouer de la tĂȘte. Et puis devant lui, il y avait Luis SuĂĄrez dont on voit encore le rendement et les capacitĂ©s Ă  l’AtlĂ©tico de Madrid. Nous exigeons tellement de choses Ă  un attaquant, que pour ĂȘtre bon partout, c’est trĂšs difficile. C’est plus simple de trouver un ailier.

Propos suscités et traduits par Tracy Rodrigo et François Miguel Boudet

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