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Goran Pandev ou le rêve australien

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Lucarne Opposée

Légende en sélection, Goran Pandev a disputé son dernier match avec la Macédoine du Nord. S’il a passé presque toute sa carrière en Italie, il a été proche d’une parenthèse australienne en 2017. Et aurait pu perpétuer la culture nord-macédonienne en Australie.

Dans le podcast du célèbre commentateur Simon Hill « Shim, Spider and so much Moore » du 14 juin, l’ancien gardien international australien au cinquante-quatre sélections, Željko Kalac, aujourd’hui reconverti entraineur des gardiens, évoquait son passage au Western Sydney Wanderers et évoquait que le club « avait ciblé Goran Pandev ».

À cette époque, Goran Pandev n’avait pas encore qualifié la Macédoine du Nord à une phase finale de compétition continentale, mais il avait un pedigree suffisant pour attirer en Australie et pour venir y jouer une demi-saison sous le régime du contrat « d’invité » (guest contract). Ne manquait alors que l’aval de la fédération : « Il jouait et joue toujours en Serie A maintenant », évoque Željko Kalac « il marque toujours des buts. C'était un grand nom à l'époque, mais les gens qui étaient en place [à la fédération], et je ne me souviens plus qui était à la FFA à l'époque, donc je ne jette personne aux lions, mais ils nous ont dit qu'il n'était pas un assez grand nom pour l'emmener en A-League en tant quemarquee player” [NDLR : joueur échappant au plafond salarial] ». Pour la fédération, le joueur n’avait pas assez de rayonnement marketing suffisant pour vendre le championnat à travers le monde et surtout du pays. Un comble quand on sait que Pandev avait été champion d’Italie, de Turquie et remporté Champions League et autre Coupe du Monde des clubs. À l’époque, la fédération australienne était dirigée par David Gallop, un homme du rugby n’ayant toujours pas compris l’essence du football et qui avait donc mis en place un contrat particulier pour ce genre de joueurs, qui ne devaient alors pas disputer plus de quatorze matchs dans la saison. C’est ainsi qu’à l’époque, outre Pandev, Eduardo et Alessandro Diamanti n’avaient pu venir. Sans doute qu’à l’époque, Pandev n’était pas assez présent sur les réseaux, l’anecdote racontée par Alessandro Diamanti quand le Melbourne Victory cherchait à l’attirer étant suffisamment consternante « j’ai appris qu’il ne me voulait pas, ils m’ont dit “tu n’as pas assez de followers sur Twitter”, mais moi je joue au football ! ». Le veto de la fédération avait fait très grand bruit à l’époque et Kevin Muscat avait pesté contre cette idée où le marketing passait avant le sportif. La révolution a eu lieu après l'arrivée de James Johnson, un ancien footballeur. On a ainsi vu débarquer Tim Cahill et Keisuke Honda puis Diamanti qui vient de terminer sa deuxième saison en Australie au Western United. Il a même récolté le titre de meilleur joueur de la saison en 2019/20.

Partie remise ?

Pourtant, le cœur de la Macédoine du Nord bat aussi en Australie. Dans les diverses divisions inférieures, les clubs aux racines nord-macédoniennes sont nombreux à l’image des clubs de Preston Lions (quatrième division) présent dans l’État du Victoria dans la banlieue de Melbourne, Rockdale City Suns (D2) dans la périphérie de Sydney avec ou encore Broadmeadow Magic FC (D2), situé à Newcastle, ce dernier partageant arborant même le drapeau du pays au sein de leur logo. Ils sont les plus populaires et d’autres naviguent dans les divisions encore plus lointaines comme Wollongong United, anciennement Wollongong Macedonia, aujourd’hui évoluant en sixième division. Avec cet EURO 2020, les héritiers nord-macédoniens australiens ont fait parler d’eux, certains se déplaçant même jusqu’en Europe. On a ainsi vu le maillot de Preston dans les rues de Bucarest.

Il faut dire que Preston Lions a une histoire spéciale avec la sélection nationale du pays auquel le club rend hommage. Sélectionneur d’un pays qui s’appelait alors Macédoine, Andon Dončevski a par exemple dirigé le premier match de celle-ci lors d’une victoire 4-1 face à la Slovénie en octobre 1993. Cinq ans plus tard, il dirige le club australien. L’histoire des vagues d’immigration en Australie est un très grand livre et l’idée de voir Pandev faire vibrer les filets du championnat reste une belle idée, surtout du côté des Wanderers de Sydney où l’attaquant du Genoa pourrait se sentir aimé dans un club connu pour sa mixité ethnique. L’EURO a ainsi été l’occasion de mettre en lumière bon nombre d’acteurs du football en Australie qui partagent le même sang que Pandev à l’image de la journaliste Christina Trajceska ou des supporters chez qui Optus a fait une immersion. En fin de contrat début juillet, Goran Pandev pourrait ainsi être une cible de choix pour les clubs de A-League avant la prochaine saison qui débutera en octobre. Une expérience telle que la sienne ne peut faire que du bien à n’importe quel club de la ligue. Et donner l’occasion au football local de continuer à s’appuyer sur ses racines.

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