🚨 EXCLU - OL-ASSE : les confessions de Bafétimbi Gomis sur le derby ! | OneFootball

🚨 EXCLU - OL-ASSE : les confessions de Bafétimbi Gomis sur le derby !

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"J’ai des souvenirs des deux côtés, mais pas avec le même succès. En professionnel, je n’en ai jamais gagné avec les Verts, j’ai dû me contenter de victoires en catégories jeunes !" Tout sourire au moment d'aborder le derby, Bafétimibi Gomis, désormais installé à Al-Hilal, se confie sans tabou sur cette rencontre si particulière qu'il a marquée de sa griffe, sous le maillot vert comme lyonnais.

Quels sont tes premiers souvenirs de derby ?

Ça remonte à loin ! À l’époque, on allait voir le match avec les jeunes de l’ASSE. À Lyon, on retrouvait des cadors : Sonny Anderson, Sydney Govou … chez les Verts, c’était l’époque Metomo, Alex, Aloisio … on allait voir les derbys dans les kops, c’était incroyable pour l’ambiance, ça avait une saveur particulière ! Je ne suis pas natif de la région, ça m’a permis de m’imprégner de cette rivalité, même s’il existait un écart entre le grand Lyon et Saint-Étienne qui remontait tout juste en Ligue 1. Mais comme on dit, le temps d’un match, tout peut se passer, il n’y avait plus de statut.

Le derby, quoi qu’on en dise, c’est d’abord une opposition de villes.

Ça commence avec l’histoire des clubs. Lyon, c’est le club des années 2000, c’est le club qui a l’un des plus beaux projets grâce à Monsieur Aulas. Il arrive à garder l’ADN des Gones avec une formation très importante. C’est un modèle économique, de développement. Jean-Michel Aulas est, que l’on aime ou pas, le plus grand président de l’histoire du football français. Saint-Étienne, c’est l’histoire avec un grand H, c’est un club mythique. C’est une écurie qui ne perdra jamais ses valeurs, et qui renaîtra quoiqu’il arrive de ses cendres, même si c’est difficile actuellement. Quand Geoffoy-Guichard est en ébullition, les Verts peuvent battre n’importe qui. On l’a vu durant les épopées, et je l’ai connu aussi durant mon passage. On avait cette impression d’être persuadé de gagner grâce à ce public. C’est une des plus belles ambiances en Europe.

Ta première apparition dans un derby s’est faite en 2005 lors d’un triste 0-0. À l’époque, tu as à peine 20 ans. Est-ce qu’on a la boule au ventre quand on entre dans ce match, surtout face au grand Lyon ?

Non. On avait envie de bien faire, de rendre heureux les supporters qui le méritaient tant. Ça n’est pas la boule au ventre, même s’il y avait des grands joueurs en face. On se disait que tout était possible, qu’il fallait jouer son va-tout. On voulait rendre fiers les fans. En cas de victoire, ils passaient une meilleure semaine. Au-delà de la rivalité, beaucoup de Stéphanois travaillent à Lyon, c’est toujours bon de pouvoir chambrer le lundi matin. Je suis triste de voir les supporters interdits de déplacements. C’est une fête du football français. Très peu de championnats peuvent se vanter d’avoir d’aussi beaux clubs avec une telle rivalité. On doit mettre cela en avant, ça doit permettre de vendre la Ligue 1 à l’étranger. Le derby est l’une des vitrines. C’est un show en tribunes et sur le terrain.

"Face Ă  un grand joueur comme Benzema ..."

Ton premier but dans un derby remonte à 2008, dans un match où Karim Benzema a finalement arraché le point du nul à la 93e minute …

C’est l’une des rares fois où je suis passé si près de la victoire avec les Verts. Ça a été une nuit difficile. Je me rappelle de mon but. Je suis au duel avec Sebastien Squillaci, et Gregory Coupet veut dégager tranquillement. Avec mes jambes de 20 ans, je fais un gros pressing et finalement la balle me revient sur la tête et je la pousse au fond, 1-0. Lyon n’était pas dans un bon jour. L’ambiance était dingue, on était à deux doigts de l’emporter et il y a un ballon anodin qui traîne … ça débouche sur une faute. Face à un grand joueur comme Benzema, on ne peut pas faire grand-chose. C’est triste, car on avait vraiment le match en main. On pensait vraiment mettre fin à la malédiction. C’était un de mes objectifs dans le Forez : faire tomber cette malédiction (l’ASSE n’avait pas gagné de derby depuis 1994). L’autre, c’était ramener les Verts en Europe, et on y est arrivé.

Peu de temps après, tu t’envoles pour Lyon dans un transfert qui aura marqué la rivalité. Ce que peu de gens savent à l’époque, c’est que ce transfert sauve aussi l’ASSE d’une grosse crise financière … Avec le recul, regrettes-tu que les dirigeants stéphanois n’aient pas été plus clairs auprès des supporters ?

Oui. J’aurais aimé clarifier les choses. Suite à une mauvaise saison de la part de Saint-Étienne (les Verts terminent 17e et échappent de peu à la Ligue 2 en 2009), le club s’est retrouvé en difficulté. Il y a eu une opportunité pour moi, mais aussi pour l’ASSE. L’OL a fait une belle offre. À l’époque, les dirigeants avaient budgétisé une place en Europe, pas la 17e. Il y avait une sorte de déficit que seul un transfert comme le mien pouvait combler. J’aurais aimé une autre communication, surtout quand il s’agit d’un joueur formé au club qui a tout donné pour lui. Je ne me suis pas caché. C’était un tremplin pour ma carrière. J’allais disputer la Ligue des Champions avec l’équipe numéro une en France. J’ai joué des demi-finales de C1, remporter le derby pour la première fois (rires), retrouver ma place en équipe de France …

Est-ce que tu as eu l’impression de devoir prouver plus que les autres à l’OL en venant de l’ASSE ?

Bien sûr ! C’est un transfert difficile. Je viens de Saint-Étienne, je sais que je serai jugé comme un ancien Stéphanois qui faisait en plus la panthère. J’ai toujours été respectueux envers les institutions, que ce soit sur l’OL quand j’étais à l’ASSE et inversement. J’ai toujours été mesuré. L’attente vis-à-vis des supporters était grande, je pense qu’ils étaient sceptiques. Dans ces cas-là, il faut s’imposer humainement auprès du groupe, et sportivement auprès de tout le monde. Ça passe par des buts importants, comme celui marqué à Geoffroy-Guichard lors de mon premier derby.

"J’assumais ce transfert, je ne le regrette pas"

Effectivement, ton retour dans le Chaudron avec l’OL est dingue. Remplaçant, tu entres à la 71e et marques à la 83e. Tu exploses complètement de joie à ce moment. Qu’est-ce qui te passe par la tête ?

Énormément de choses. Tout ce qui s’est passé avant mon retour à Saint-Étienne ne m’avait pas plu. La communication autour de ce transfert n’était pas bonne, la promesse des dirigeants non respectée. J’assumais ce transfert, je ne le regrette pas, mais ils (les dirigeants stéphanois, Ndlr) m’avaient promis de faire une déclaration où ils expliquaient être fiers de mon parcours, d’avoir un joueur formé au club qui rapporte ensuite 15 millions d’euros. Si chaque année, ils avaient un Bafé Gomis, ils seraient heureux. Cela met en avant la formation stéphanoise. Leur partie n’a pas été faite. Je suis heureux d’être passé par les deux clubs. Je continue de m’investir dans la ville (voir par ailleurs). Les vertus de la cité ligérienne sont à jamais en moi. J’ai trouvé une deuxième famille là-bas. Forcément, ce comportement m’a déçu, mais ça m’a forgé un caractère, une personnalité. Ça explique ma célébration. J’avais la ferme intention de marquer ce jour. Pour la petite histoire, dans le transfert, une partie de la somme était censée me revenir. Le club était dans la difficulté pour payer cela. J’ai dû leur faire une sorte de prêt qu’ils m’ont remboursé des années plus tard. J’ai fait cela pour les aider.

L’accueil du Chaudron, comment le gères-tu ?

Pour faire une grande carrière, il faut de la personnalité, un ego. Un grand joueur ne peut pas accepter certaines choses, et il faut savoir répondre sur le terrain. Sans ça, on ne peut pas réussir au haut niveau. Ce jour-là, le talent ne fait pas tout, il fallait montrer à Saint-Étienne et ses supporters que les sifflets ne me déstabilisaient pas. Et je l’ai prouvé. Ça ne marche pas sur moi, au contraire, ça me motive. Avec le temps, ils ont sûrement compris, car je ne recevais pas le même accueil. J’étais mitigé dans mes sentiments, même si j’ai refait le coup en 2012 avec un autre but décisif (rires). Ce sont de belles soirées.

Un autre derby mythique auquel tu as participé, c’est le 100e avec la première défaite de l’OL depuis 1994. Quel était l’état du vestiaire lyonnais ?

Très attristé. On était déjà au fond au classement. Sur ce match, on ne peut pas avoir de regrets. Les dieux du football n’étaient pas avec nous. On a tout fait. Je tape le poteau très tôt, Dimitri Payet sauve deux balles sur la ligne. C’était vraiment de la malchance. Et dans les derniers instants, Payet inscrit un coup franc magnifique. Ça nous a assommé. C’est un moment très difficile, car il faut vite remonter la pente. Mais notre saison a commencé à cet instant-là. Le président Aulas a tout fait pour protéger les joueurs. Les supporters nous sifflaient, et le président mettait une sono plus forte pour ne pas qu’on entende cela. Ils enchaînent les rendez-vous pour créer une atmosphère positive. Et au final, on termine sur le podium.

"Marquer dans un derby, c’est synonyme de réussite"

Quel est ton meilleur souvenir de derby ?

Je vais en dire un de chaque côté. Avec l’ASSE, c’est mon premier but face à Gregory Coupet Geoffroy-Guichard en 2008. Le Chaudron était en fusion. Pour un joueur issu du centre de formation, marquer dans un derby, c’est synonyme de réussite, pour moi, mais aussi pour tous les éducateurs du club. Avec l’OL, c’est forcément mon but qui me fait accepter auprès des supporters de l’OL !

Et la plus grosse déception ?

Sous le maillot lyonnais, le 100e derby perdu avec l’OL, ça a été très dur pour moi et pour le groupe, sous le maillot stéphanois le but de Karim Benzema.

Quel a été le joueur le plus difficile à affronter dans un derby ?

Déjà, je pense que ça serait un joueur de l’OL, même si j’ai affronté de très bons joueurs à l’ASSE. Je pense à la puissance d’un Diarra, la personnalité d’un Juninho. Il y a aussi Cris, un des meilleurs défenseurs d’Europe à l’époque. Il était dur dans le duel, savait anticiper à la perfection, ne te lâchait pas d’une semelle.

Est-ce que tu pourrais nous livrer une anecdote de derby ?

(Il réfléchit) Après mon but face à l’ASSE pour mon premier derby avec l’OL et la haie d’honneur, l’ambiance dans le vestiaire, Jean-Michel Aulas m’avait dit que j’étais définitivement adopté, la panthère s’était transformée en lion. Le président croyait en moi, et à partir de ce jour-là, on a eu une relation complètement différente. Tout le monde savait qu’on pouvait compter sur moi. Je me souviens aussi que mon équipementier, Puma, m’avait donné des chaussures verts pour un derby alors que je jouais avec l’OL. Forcément, mes coéquipiers m’ont interdit de les mettre (rires) !

Tu as disputé beaucoup de derbys, mais aussi des Classicos OM - PSG, des Galatasaray - Fenerbahce. Où est-ce que le match se situe en termes d’ambiance ?

C’est évidemment dans le top du top ! C’est incroyable, mais c’est quand même un ton en dessous de la ferveur des stades en Turquie. Mais bon, un derby avec les supporters, c’est quelque chose d’énorme, à Geoffroy-Guichard comme à Gerland.

Ton pronostic pour vendredi ? Ton coeur balance ?

Que le meilleur gagne, ce sont deux clubs en difficulté. ! Évidemment, il y a un avantage côté lyonnais et une expérience plus conséquente. J’espère voir un beau match, même si je suis déçu qu’il se déroule sans supporters.

Vois-tu l’ASSE se sauver ?

Je l’espère de tout coeur ! La place du club est en Ligue 1 ! Je suis parmi les rares joueurs toujours en activité qui ont participé à la remontée du club en Ligue 1 en 2004. Ça me ferait beaucoup de peine de les voir redescendre.

L’Olympique Lyonnais est-il capable de remporter la Ligue Europa ?

Bien évidemment ! Ils ont cette ambition-là. Quand il n’y a pas d’absents, ils ont un effectif capable d’aller chercher cela. C’est un club armé pour jouer les compétitions européennes, et quand c’est la C3, il faut aller la chercher !

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