Lucarne Opposée
·29 mars 2025
Ednaldo Rodrigues, une leçon de politique sportive brésilienne

In partnership with
Yahoo sportsLucarne Opposée
·29 mars 2025
Dans un dénouement aussi prévisible que symbolique, Ednaldo Rodrigues a été réélu président de la Confédération Brésilienne de Football (CBF) à l’unanimité pour un mandat de quatre ans.
Cette victoire écrasante, officialisée lors d’une assemblée au siège de l’institution dans le quartier de Barra da Tijuca à Rio de Janeiro, illustre parfaitement les mécanismes profonds qui régissent le football brésilien. « Même avec toutes les difficultés rencontrées, nous avons atteint cet objectif. Pour certains, la situation s’est beaucoup améliorée. Pour d’autres, moins. Mais des améliorations ont indéniablement eu lieu », a déclaré Ednaldo Rodrigues après sa réélection, dans un discours qui reflète sa vision pragmatique du pouvoir.
Cette victoire sans opposition confirme la maîtrise politique exceptionnelle d’Ednaldo Rodrigues, qui avait déjà démontré son influence en novembre 2024 en obtenant l’unanimité des présidents des fédérations d’État pour modifier les statuts, permettant ainsi plusieurs mandats consécutifs. Un changement réglementaire qui lui profite aujourd’hui directement. Le contraste avec les ambitions avortées de Ronaldo Nazário est saisissant. L’ancien attaquant vedette, malgré sa renommée mondiale, son succès entrepreneurial et le soutien de personnalités influentes comme Galvão Bueno, n’a même pas réussi à recueillir l’appui minimal de quatre fédérations régionales nécessaire pour présenter sa candidature. Une démonstration cinglante que dans l’univers du football administratif brésilien, le capital symbolique et économique pèse peu face aux alliances politiques solidement établies.
Le pouvoir d’Ednaldo Rodrigues s’est construit méthodiquement. Sa victoire juridique devant la Cour suprême fédérale (STF), qui lui a permis de retrouver et conserver son poste, témoigne de son influence considérable dans les cercles décisionnels de Brasília. La réouverture d’un bureau de la CBF dans la capitale fédérale après plus d’une décennie d’absence et la programmation stratégique de matchs de la Seleção dans cette ville ne sont que des manifestations supplémentaires de sa compréhension fine des mécanismes du pouvoir. Plus révélateur encore, John Textor, propriétaire américain de Botafogo qui accusait récemment le football brésilien de corruption systémique, a publié un communiqué de soutien à Ednaldo, le qualifiant de personne « merveilleuse » après l’avoir mieux connu. Un retournement de veste qui symbolise parfaitement l’habileté politique du président réélu à transformer des opposants en alliés.
Photo : Lucas Figueiredo/Getty Images
Cette réélection intervient pourtant dans un contexte sportif particulier. La sélection brésilienne traverse une période compliquée dans sa relation avec son peuple, l’élimination en quarts de finale de la Coupe du Monde 2022 et, avec elle, la quête du sixième titre mondial (le fameux « hexa ») qui dure depuis plus de deux décennies, les performances actuelles (Copa América perdue à la maison, campagne d’éliminatoires pour la Coupe du Monde 2026 qui ne cesse d’empirer – le licenciement de Dorival Júnior au lendemain de l’humiliation en Argentine faisant de lui le troisième sélectionneur à partir en trois ans d’après Tite). Mais ces préoccupations sportives paraissent secondaires dans le jeu politique interne de la CBF, où la continuité institutionnelle et les alliances stratégiques priment sur les performances de l’équipe nationale.
Pour Ronaldo et ceux qui espéraient un renouvellement à la tête du football brésilien, la leçon est claire : être acclamé dans les stades, plébiscité par l’opinion publique et disposer de ressources financières importantes ne suffit pas pour accéder aux sphères décisionnelles de ce sport. Le football brésilien, comme tant d’autres institutions, obéit à des logiques politiques spécifiques qui privilégient l’expérience des réseaux d’influence sur la notoriété publique. L’unanimité obtenue par Ednaldo Rodrigues lors de cette réélection n’est pas simplement le reflet d’un consensus sur sa personne ou son bilan, mais la manifestation d’un système où les clubs et fédérations régionales partagent des intérêts communs qui transcendent les résultats sportifs immédiats. Un système où la stabilité institutionnelle et la préservation des équilibres de pouvoir constituent des priorités fondamentales.
Alors que le Brésil continue de chercher son chemin vers un retour au sommet du football mondial, cette réélection nous rappelle que les transformations profondes du football brésilien passeront nécessairement par une compréhension des dynamiques politiques qui le structurent. Une leçon que Ronaldo Nazário vient d’apprendre à ses dépens, mais qui pourrait s’avérer précieuse pour l’avenir du football brésilien si elle permet de mieux articuler ambitions sportives et réalités institutionnelles.