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Coupe du Monde 2022

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Lucarne Opposée

Après le Brésil, l’Argentine s’envole pour le Qatar. Derrière, la lutte devient totalement folle.

Il est des soirs où rien ne vous réussit, où vous sentez rapidement que le match va être un long calvaire. C’est ce que le peuple chilien a ressenti. À l’heure d’accueillir l’Équateur, la Roja et ses trois victoires de rang, avait pourtant de quoi espérer frapper un grand coup.

En ouverture de la soirée, l’Uruguay a explosé en Bolivie. La faute à un milieu de terrain incapable de résister à l’impact physique – pourtant pas la qualité première de la Verde – et une défense qui a fini par céder, se tirant même deux balles dans les pieds. La première sur une incroyable boulette de Muslera, sur un centre-tir de Juan Carlos Arce, qui permettait à la Bolivie d’ouvrir la marquer alors que les deux équipes étaient encore en mode observation et que, comme trois jours plus tôt, Nández avait manqué l’occasion du 1-0. La deuxième avec ce corner concédé tout seul par Vecino et qui aboutissait au classique, le but du meilleur réalisateur des éliminatoires, Marcelo Martins. La suite était une nouvelle démonstration de gestion patiente d’une Bolivie qui a quelque peu souffert un moment, avant de plier l’affaire. La Verde s’impose 3-0, inflige une quatrième défaite en cinq matchs à une Celeste au bord du gouffre. Les lions qui désiraient manger Óscar Tabárez attendent, la fin de l’immense ère du Maestro n’a jamais été aussi proche.

De son côté, La Colombie s’enlise et signe un cinquième match consécutif sans marquer. Et si la pilule était facile à avaler en Uruguay ou face au Brésil, ce 0-0 à la maison va mettre Reinaldo Rueda dans une position plus qu’inconfortable. Sa place n’est pas encore menacée mais les critiques se sont abattues dès le coup de sifflet final et de manière unanime pour pester contre le jeu proposé par la sélection cafetera. C’était le faux suspense depuis le match au Brésil, titulaire ou pas, James a finalement été aligné d’entrée par Reinaldo Rueda dans un rôle similaire à celui de Juan Fernando Quintero contre le Chili en septembre dernier « à droite » dans un 4-4-2 avec Borja et Muriel devant. En face tactique attendue du côté de Barros Schelotto avec Cubas pour prendre la place de Morel suspendu et la volonté de trouver rapidement Almirón et Samudio sur les ailes pour mettre en difficulté les latéraux. À ce petit jeu la sélection guaraníe a été la plus dangereuse et a eu la meilleure occasion de la première période, juste avant la pause, après une touche longue mal négociée par Davinson Sánchez et Miguel Almirón bien servi par Carlos González a trouvé le poteau de David Ospina. Côté colombien rien ou presque, si ce n’est deux frappes lointaines de Borja et Díaz qui n’ont pas inquiété le portier paraguayen. À la pause Rueda a tout changé ou presque. Changement de système déjà avec un passage en 4-2-3-1 et changement d’hommes puisque Borja et Muriel ne sont pas revenus sur la pelouse et Zapata et Valoyes, première sélection pour le joueur formé à La Equidad, ont formé le secteur offensif avec le deuxième qui a pris place sur le côté droit et James qui a retrouvé sa place préférentielle de numéro dix. Plus entreprenante, la Colombie s’est procurée une première belle occasion avec James qui n’a pu accrocher le cadre à vingt mètres. Plus libre et donc plus à l’aise James a plus trouvé ses partenaires. Comme à dix minutes de la fin où la tête de Duván Zapata n’a pu accrocher le cadre. Un dernier pointu de Valoyes qui s’est envolé dans les tribunes du Metropolitano a fait passer un frisson aux supporters. Mais bien trop insuffisant pour faire tomber une équipe paraguayenne qui n’a pas véritablement souffert à Barranquilla et qui rentre donc avec un point qui lui permet de rester en vie dans ce groupe. Trop inoffensive la Colombie laisse le doute s’installer dans les têtes et fait une mauvaise opération., Mauvaise parce que les autres n’avancent pas plus et malgré cette incroyable série la Colombie est quatrième du groupe avant sa prochaine finale, ce sera en janvier à la maison contre le Pérou. Cette fois il faudra vraiment marquer.

D’autant que le Pérou a fait le job à Caracas. Face à un Venezuela qui attend désormais la prise de contrôle par José Pekerman, la Blanquirroja a joué à se faire peur. La faute à un but rapidement marqué au terme d’un très joli mouvement à trois entre Cueva, Carrillo et Lapadula, trio qui fonctionne désormais à merveille, et à un passage en mode gestion que la bande à Gareca ne sait pas vraiment faire. Conséquence, alors que le Pérou avait maîtrisé une bonne partie du premier acte, il s’est endormi et a vu la Vinotinto revenir dans le match en profitant de l’absence de repli défensif des offensifs, Carrillo laissant par exemple Machís s’amuser dans le couloir et égaliser. Et si Cueva a immédiatement remis le Pérou sur les bons rails, la suite a été des plus compliquée et a surtout vu Gallese se muer en sauver du peuple inca, sortant par exemple un penalty de Machís et se montrant décisif sur sa ligne dans les derniers instants. Il y a eu souffrance, mais victoire qui relance le Pérou et lui permet alors de doubler l’Uruguay.

Mais le Chili pouvait donc en profiter pour confirmer son retour et surtout s’offrir une petite marge. Las. En dix minutes, les dix premières, l’affaire était pliée, le match avait basculé en faveur d’un Équateur toujours aussi excitant à voir jouer. Un but d’Estupiñán suivi de l’exclusion logique d’Arturo Vidal, seul rescapé de l’impressionnant trio du milieu chilien ne suffisaient pas, Eugenio Mena puis Alexis Sánchez en dix minutes, il n’en fallait pas plus pour tuer dans l’œuf tout espoir. D’autant qu’on l’a dit, cette Tri est une formidable machine à exploiter les espaces, avec des transitions rapides et un impact physique assez fous. Les hommes d’Alfaro ont ainsi déroulé, contrôlé tout en ne parvenant pas à plier l’affaire, Estrada manquant quelques occasions assez folles en deuxième période. Mais rien ne pouvait permettre au Chili d’espérer, même les tentatives individuelles d’un très bon Jean Meneses, ni un milieu qui se désorganisait au fil des minutes. Et puis toujours ces coups du sort, la blessure de Francisco Sierralta qui en guerrier quittait son poste arrière pour terminer devant et permettre aux siens de rester à neuf et d’exploiter son jeu aérien. Non, rien n’allait à San Carlos de Apoquindo et le Chili rate une belle occase d’être seul quatrième. En revanche, la jeunesse équatorienne n’en finit plus de briller. En s’imposant 2-0, la pépite Moises Caicedo inscrivant le but du break en fin de partie, l’Équateur totalise désormais vingt-trois points, soit six de plus que le quatrième. Et surtout trois de moins que ce qui est habituellement requis pour aller au Mondial. Une confirmation de ce que les équipes de jeunes puis les clubs montraient ces dernières années sur le continent : lorsque l’on travaille bien, on finit par en récolter les fruits.

Reste que la nuit sudam a délivré un nouveau ticket pour Qatar 2022. Sans surprise, l’Argentine est désormais officiellement qualifiée. Sans surprise mais pas forcément sans difficulté. À San Juan, l’Albiceleste accueillait un Brésil sans Neymar et donc contraint de se réorganiser quelque peu offensivement, et surtout un Brésil qui semblait un peu dans le dur ces derniers temps, peinant à convaincre. On s’attendait à un match fermé avec deux formations qui ne cherchent pas véritablement à s’exposer, on a surtout vu un Brésil qui a retrouvé de la maîtrise et aurait pu même aller chercher autre chose qu’un nul avec un peu plus de justesse ou de bons choix, à l’image d’un Vinícius Junior pas toujours inspiré. Un Brésil qui a souvent pris le dessus sur un milieu argentin en recherche de fluidité, sa principale arme ces derniers mois. Lo Celso trop discret, Messi n’intervenant que pas à-coups, Paredes qui semblait vraiment à court physiquement (et c’est normal), l’Argentine peine à véritablement combiner, à asphyxier ses adversaires comme elle le faisait auparavant. Alors, elle se retrouve en danger sur les transitions, exposant toujours ses soucis dans les couloirs, en particulier celui d’Acuña cette nuit, et parfois la lenteur de son axe, à l’image d’un Otamendi qui n’aurait jamais dû terminer le match si le VAR avait fait son travail convenablement. Mais l’Argentine peut compter sur un excellent Dibu Martínez, sa valeur sûre, et peut aussi désormais tranquillement préparer la Coupe du Monde, son objectif de 2022.

Avec Pierre Gerbeaud (Colombie-Paraguay), photo : 2021 Pool

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