Barcelona Sporting Club, un petit bout de Catalogne en Équateur. | OneFootball

Barcelona Sporting Club, un petit bout de Catalogne en Équateur.

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Un nom populaire, mais un club bien moins connu, zoom sur le Barcelona Sporting Club. Une équipe dont le choix de l’identité visuelle paraît aussi insolite que compliqué. Un peuple dont la culture est unique, d’un derby tumultueux aux traditions les plus prestigieuses. Qui es-tu, Barcelona ?

Il est le plus grand club de son pays avec plus de 15 titres nationaux glanés. Sa tunique arbore les couleurs de la Catalogne et a été portée par Ronaldinho et Mascherano. Vous l’avez compris, aujourd’hui, on parle de Barcelona… Enfin, du Barcelona Sporting Club.

Un nom qui, en Europe, évoque tout simplement l’un des tout meilleurs clubs de l’histoire. Mais sur le territoire équatorien, il n’y a d’yeux que pour le Barcelona SC, l’équipe de la ville de Guayaquil.

Pour tout comprendre, il faut se replonger en 1925, dans le Barrio del Astilleros. Manuel Murillo est le leader d’un groupe surnommé La Gallada de la Modela, un petit collectif de jeunes immigrants catalans. Désireux de créer un club pluridisciplinaire dans la plus grande ville du pays, ces immigrés réalisent leur rêve le 1er mai. Toutefois pour développer une structure, il faut une dénomination. Les fondateurs se rassemblent pour baptiser ce qui deviendra le premier club de ville. Mais pour le nom, le choix est difficile. Une bonne part des votants opte pour le Deportivo Stillero tandis que l’autre souhaite rendre un hommage. Un clin d’œil au gardien de but qu’ils idolâtrent, Ricardo Zamora, et surtout au club qu’ils vénèrent : le FC Barcelona. Plus que ça, c’est une fierté qu’ils veulent incarner, un nom pour tous les immigrés catalans de la ville.

Le Barcelona SC l’emporte. L’Équateur a alors son petit bout de Catalogne. Administrativement tout d’abord, puis visuellement, puisque c’est toute l’identité du club espagnol qui est copiée. Le logo est presque repris à l’identique, légèrement déformé. Très vite, les tuniques officielles adoptent les couleurs catalanes. Un bastion jaune et rouge à Guayaquil, le Barcelona SC est né.

Un Barcelona de trop pour Sandro Rosell

Parfois, les histoires d’amour s’arrêtent, même après 88 ans de passion. En 2013, les Toreros l’ont bien compris. Après presque neuf décennies à utiliser son image, le club catalan demande à celui qui l’honore de cesser. Sandro Rosell, président du FCB à l’époque, exige l’inscription de l’identité de son club auprès de l’institut équatorien de la propriété intellectuelle. Si les Blaugranas l’emportent, les Sud-Américains devront tout changer. L’affaire devient même politique, et le maire de la ville monte au créneau : « c’est ridicule qu’après 88 ans d’existence, le Barça réclame le nom de l’équipe ». Finalement, le club déposera un recours, la présidence souhaite « défendre l’hégémonie et l’histoire du Sporting Club ».

L’accord est officialisé par un communiqué de presse.

Le 22 juillet 2014, Antonio Noboa, dirigeant canario, peut enfin souffler. L’institut en question officialise un accord entre les deux clubs, Barcelona perdurera sur les deux continents.

Clàsico fratricide de la ville portuaire

Le Barcelona SC est le plus grand club du pays, certes. Mais avant cela, il faut déjà être la plus grande équipe de sa ville, et là la tâche est loin d’être simple. La capitale de l’Équateur est Quito, mais la cité du football est bien Guayaquil, la plus grande ville du pays. Quatre années après la création du SCB, un nouveau club pluridisciplinaire voit le jour : le Club Sport Emelec.

L’équipe était de base formée uniquement d’employés exerçant dans une entreprise de commercialisation d’électricité. Elle devient vite un coriace concurrent. La rivalité est presque naturelle, deux entités pour un seul territoire. Mais un premier événement vient créer la légende du Clàsico del Astillero, la classique du chantier naval. En 1949, le championnat n’est encore qu’amateur, mais la défaite dans un derby, déjà inconcevable. En domination totale, Barcelona mène 3-0. Mais tous les coups sont permis dans une telle rencontre. Mystérieusement, une coupure d’électricité vient compromettre le match. Les Toreros sont surpris, et voient Emelec revenir à trois buts partout. Les bleus et blancs remercient alors leurs collègues… responsables de l’alimentation électrique du stade.

L’histoire s’écrit aussi en 1957, la première saison officielle de la Serie A, le championnat professionnel équatorien. Mieux armé, l’Emelec est sacré champion, juste devant Barcelona. À jamais les premiers. Depuis, les électriciens en gagneront 13 de plus, tandis que les oro y grana en remporteront 16. C’est simple, 30 des 63 championnats nationaux ont été remportés par la ville de Guayaquil, hégémonie.

Les Sur Oscura lors d’un Clásico del Astillero.

El Clásico Ecuatoriano possède aussi ses heures sombres, ces blessures qui entachent le football. Un derby, c’est souvent musclé, et surtout dans une même ville. En 2006, le rencontre est interrompue à la vingtième minute. La cause ? Les Sur Oscura, groupement de supporters barcelonais, pénètrent sur la pelouse et saccagent le Stade George Capwell. Le match ne reprend pas, mais les dégâts ne sont « que » matériels. Les choses virent au cauchemar l’année suivante. Quelques minutes avant le début de la rencontre, les mêmes Sur Oscura lancent des fumigènes sur les supporters d’Emelec, alors au Monumental. L’un d’entre-deux décède, brûlé… Il avait 11 ans. Un premier mort dans un derby, et malheureusement, pas le dernier. En 2010, la différence sportive est flagrante, et Barcelona inflige un difficile 5-0 à Emelec. La rencontre ne contient que 90 minutes, mais les débordements ont duré bien plus longtemps, le résultat n’aide pas à calmer les tensions. Après le match, c’est un supporter canario qui est retrouvé mort, par balles, aux alentours du Monumental. Deux décès en trois ans, quand le Clàsico devient fratricide.

Roi national, outsider continental.

Barcelona est bien le plus grand club de son pays, mais qu’en est-il hors de ses frontières ?

Loin des 16 trophées locaux, le palmarès international est tout simplement vierge. Les deux plus gros faits d’armes sont des finales malheureuses de Copa Libertadores. Une première en 1990 face au Club Olimpia paraguayen, 0-2 puis 1-1. La finale de Copa se jouait en deux manches à l’époque. Huit ans plus tard, ils retentent le coup avec Vasco de Gama, après un parcours plutôt chanceux. Face à des Brésiliens dominateurs et un jeune Juninho, ils s’inclinent dans chacune des finales, 0-2 puis 1-2. Un palmarès vierge, certes, mais la renommée ne se fait pas toujours grâce à des trophées.

Les accomplissements ne sont pas gravés dans le marbre, mais bien inscrits dans la mémoire des supporters. Comme pour le clàsico, les premières lignes des livres d’histoires s’écrivent dans les années 40. En 1949 plus précisément. Ce soir d’août, les toreros affrontent le champion en titre colombien, et monstre continental : les Millonarios. En face, un jeune attaquant argentin vient de quitter son championnat natal. Plus tard, il deviendra l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Son nom ? Alfredo Di Stefano. Ce soir-là, la légende madrilène se fait les dents contre Barcelona, pas encore le Barça, mais bien le Sporting Club. L’exploit est retentissant pour le SCB, club encore amateur d’un championnat dont le rayon est minuscule.

Pour voir le plus grand exploit de l’histoire des or et grenat, il faut attendre 20 ans de plus. Le club est devenu important, et joue désormais la Copa Libertadores. Au deuxième tour de la compétition, le Sporting Club tombe sur un gros, un très gros : L’Estudiantes de la Plata. Le mythique club argentin vient tout simplement de remporter les trois dernières éditions de la Copa. Le quotidien el Grafico écrit « Barcelona est une équipe de troisième zone au sein de laquelle le maestro Spencer effectue sa dernière tournée en tant que joueur ». Côté albiceleste, on pense que le match est une formalité, et les joueurs ne font guère peur. D’autant plus que la rencontre se joue à La Plata, et jamais les Estudientes n’ont perdu à domicile.

Le capitaine Luciano Macías lors de la hazaña de la plata.

Le coup d’envoi est sifflé, et les Canarios tiennent tête aux Pincharratas. Cerise sur le gâteau, c’est même Spencer, non ménagé dans la presse, qui est à l’origine de l’exploit. Lancé par Bolaños, il offre un caviar à José Manuel Bazurco, qui trompe le gardien adverse. Le buteur, un prêtre catholique, devient le « curé aux pieds d’or ». Le lendemain, il fera même la une des canards argentins « Hier, Dieu était équatorien ».

Ce 29 avril 1971 au stade Hirschi deviendra la plus grande fierté des Guayaquiléniens. Il sera surnommé « Hazaña de la Plata », l’exploit de la Plata. Telle une anomalie dans le monde du football, Barcelona rend fier tout un pays, El coloso de América devient El ídolo del Ecuador.

« Le plus beau stade du continent », Pelé

Pour être renommé mondialement, il faut une enceinte mythique. Barcelona a la sienne : L’Estadio Monumental Isidro Romero Carbo ou plus communément appelé, le Monumental.

Son tout premier match a lieu le 27 décembre 1987, une « pré-inauguration ». Le BSC se frotte au champion en titre de la Copa, les Uruguayens de Peñarol. Défaite 1 à 3, mais l’essentiel est le message : le Monumental, un bijou pouvant accueillir jusqu’à 90 000 spectateurs, est né.

Fin mai 1988, la véritable inauguration est organisée. Le club et la firme automobile FIAT créent la Copa Ciudad de Guayaquil 1988 — la coupe de la ville de Guyaquil — aussi appelée la Copa FIAT. Quatre équipes sont présentes : Barcelona SC, Emelec, Peñarol et… le FC Barcelona, le vrai. D’entrée, le deux Barcelona s’affrontent. Johan Cruijff est sur le banc espagnol et Pelé est dans les tribunes pour assister à la fête. Émerveillé, il déclara même que le Monumental est « le plus beau stade du continent », rien que ça. La fête est partout, mais surtout sur le terrain. Dans une ambiance magnifique, le SC Barcelona s’offre celui qu’il idolâtre depuis 50 ans. Victoire 2-1 pour les Équatoriens. Un match amical certes, mais un exploit de taille. D’ailleurs, en trois confrontations entre les deux Barcelona, jamais le FCB n’a battu les Canarios.

Finalement, le Sporting Club s’inclinera en finale contre Emelec, mais rien n’entache la fête du déjà mythique Monumental.

Les nuits jaunes, de l’hôtel de ville à Ronaldinho

Un tournoi pour inaugurer un stade : vous l’avez compris, le Barcelona SC fait les choses en grand quand il est question de présenter ses nouveautés. En 1994, les dirigeants ont une nouvelle idée : dévoiler les nouveaux maillots et les recrues aux fans. Le concept est né, et il a un nom : la Noche Amarilla, en français, la nuit jaune, en référence à la couleur mise à l’honneur, les maillots étant jaunes. Pour la première année, c’est l’hôtel de ville qui est choisi, puis le théâtre de la ville la saison suivante.

En 1996, la Noche Amarilla entre dans une autre dimension. Un spectacle musical, un feu d’artifice et surtout, un match d’exhibition. L’invité est un adversaire de choix. Le champion en titre de la Copa Libertadores : Grêmio. Le club profite de l’occasion pour présenter le Camerounais Cyril Makanaky, qui a participé à la Coupe du Monde en Italie. Il est le premier Africain à rejoindre l’équipe.

Tous les ans une formation est invitée pour affronter le BSC, généralement une équipe colombienne, équatorienne ou péruvienne.

Andre Pirlo lors de la Noche Amarilla 2019.

Depuis 1994, chaque mois de janvier voit sa Noche Amarilla. Enfin, presque tous, puisque 2001 échappe à la tradition. En pleine crise financière, le club n’a pas la tête à la fête, et surtout pas les moyens. Une année sans, mais le club s’est maintenu à la dernière minute, l’essentiel est là.

En 2006, l’organisation réussit un gros coup : convaincre la fédération équatorienne. L’équipe nationale affronte alors Barcelona. Noche Amarilla pour l’un, préparation au mondial pour l’autre.

Dix ans plus tard, une nouvelle opération fait de la nuit jaune un évènement regardé partout dans le monde. Et pour cause, l’organisation décide d’inviter un footballeur de choix. Souvent un joueur sans contrat, ou à la retraite depuis peu. Un joueur payé à la pige, présent uniquement pour ce match. Le premier est fraichement retraité de Fluminense, et a surtout déjà porté la tunique du « vrai » Barcelona. Le ballon d’or et champion du monde : Ronaldinho Gaúcho.

Pour l’anecdote, l’invité porte toujours l’âge du club sur son maillot. Ronnie était donc numéro 91 ce soir-là. Depuis, Forlán, Kakà, Pirlo et Del Piero se sont succédés. Malgré un évènement sans public, Covid oblige, la cérémonie 2021 accueille un second joueur ayant déjà porté les couleurs du Barça : Javier Mascherano.

Qui peut se targuer d’avoir vu passer entre autres Ronaldinho, Kakà et Pirlo sous son maillot ? (Oui, l’AC Milan, c’est vrai.)

Sans contestation la plus grande équipe de son pays, le Barcelona Sporting Club parvient à attirer la lumière sur son territoire. Un pays où le football n’est pourtant pas mondialement réputé. Si son palmarès national parle pour lui, c’est surtout ses traditions, son folklore qui fait des Canarios un incontournable du football sud-américain.

Sources :

  1.  » L’histoire d’un nom (2) : Barcelona SC « , Lucarne Opposée
  2.  » MAIS QUI ES-TU, LE SC BARCELONA ?« , So Foot

Crédits Photos : Icon Sport

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